Article 2 — Le consentement convient-il aux bêtes ?
Objections :
1. Oui, semble-t-il. En effet le consentement suppose que l'appétit est déterminé à une seule chose ; or c'est ce qui a lieu chez les bêtes. Donc on trouve chez elles du consentement.
2. Si l'on supprime l'antécédent, on supprime le conséquent. Or le consentement précède l'exécution de l'oeuvre. S'il n'y avait pas de consentement chez les bêtes, il n'y aurait pas non plus d'oeuvre exécutée, ce qui est évidemment faux.
3. On estime que les hommes consentent parfois à agir sous l'influence d'une passion, convoitise ou colère par exemple ; mais c'est aussi le cas des animaux sans raison. Donc le consentement leur convient.
Cependant :
Saint Jean Damascène, remarque : "Après le jugement, l'homme arrête et aime ce qu'il a décidé en conseil, c'est-à-dire la sentence." Mais il n'y a pas de conseil chez les bêtes, ni par conséquent de consentement.
Conclusion :
A proprement parler, le consentement n'existe pas chez les bêtes. La raison en est que le consentement comporte l'application du mouvement de l'appétit à une action. Or cela appartient à celui qui est maître de ce mouvement. Ainsi toucher une pierre est le fait du bâton, mais faire toucher la pierre par le bâton revient à celui qui peut mouvoir le bâton. Or les bêtes n'ont pas la maîtrise des mouvements appétitifs qui, chez elles, dépendent de l'instinct naturel. Elles peuvent donc bien avoir des mouvements de l'appétit, mais elles ne les appliquent pas elles-mêmes à un objet. Voilà pourquoi on ne dit pas proprement qu'elles consentent, on le dit seulement de la nature raisonnable qui a en son pouvoir le mouvement de l'appétit et peut l'appliquer ou ne pas l'appliquer à ceci ou à cela.
Solutions :
1. On trouve chez les bêtes une détermination de l'appétit à pâtir ; mais le consentement implique une détermination de l'appétit non seulement à pâtir, mais plus encore à agir.
2. Si l'on supprime l'antécédent, on supprime le conséquent dans le cas où celui-ci découle exclusivement de celui-là. Mais si le conséquent pouvait être consécutif à plusieurs facteurs, il ne serait pas supprimé du fait qu'un seul des antécédents le serait. Si par exemple le durcissement d'un corps peut être provoqué et par la chaleur et par le froid - les briques en effet durcissent par l'action du feu, et l'eau qui gèle durcit par le froid - il n'est pas forcé que, la chaleur étant supprimée, le durcissement le soit. L'exécution d'une oeuvre peut avoir pour cause non seulement le consentement mais encore un mouvement impulsif de l'appétit, tel qu'il y en a chez les bêtes.
3. Les hommes qui agissent sous l'effet d'une passion ont le pouvoir d'y résister, ce qui n'est pas vrai des bêtes. La comparaison est donc boiteuse.