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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Le consentement est-il l'acte d'une puissance appétitive ou cognitive ?

Objections :

1. Il semble que le consentement ne concerne que la partie connaissante de l'âme. Car saint Augustin a l'attribue à la raison supérieure, puissance cognitive.

2. "Consentir" équivaut à "sentir en même temps". Mais sentir est un acte d'une faculté cognitive ; donc également consentir.

3. Comme assentir, consentir signifie l'application de l'intelligence à un certain objet. Mais assentir se rapporte à l'intelligence qui est une puissance de connaître ; donc pareillement consentir.

Cependant :

Saint Jean Damascène affirme que "si quelqu'un juge sans aimer, il n'y a pas de sentence", c'est-à-dire de consentement. Mais aimer est un acte de l'appétit ; donc aussi consentir.

Conclusion :

Consentir implique l'application d'un sens à un objet. Or connaître les choses présentes est le propre des sens, car l'imagination perçoit l'image des corps même en leur absence ; et l'intelligence considère les raisons universelles indépendamment du fait que les choses dont elles sont les similitudes sont présentes ou absentes. Et puisque l'acte de la puissance appétitive est une certaine inclination vers la chose elle-même selon une certaine ressemblance, l'application de cette puissance à cette chose qui la fait y adhérer, reçoit elle-même par analogie le nom de sens comme si, du fait qu'elle se complaît en elle, la puissance acquérait une certaine expérience de cette chose. D'où cette parole du livre de la Sagesse (1, 1 Vg) : "Expérimentez le Seigneur dans l'amour." En ce sens consentir est un acte qui relève de l'appétit.

Solutions :

1. La volonté, pour Aristote, est dans la raison. Ainsi, lorsque saint Augustin attribue le consentement à la raison, il prend la raison dans le sens où elle inclut la volonté.

2. Sentir au sens propre est affaire de connaissance. Mais selon une certaine similitude au plan de l'expérience, cet acte se rapporte à l'appétit, comme on vient de le dire.

3. "Assentir" - sentir relativement à autre chose - implique une certaine distance de l'objet ; au contraire consentir - sentir simultanément suppose une certaine union avec lui. C'est pourquoi la volonté, qui par nature tend vers la réalité elle-même, sera dite plutôt consentir. En revanche, l'opération de l'intelligence n'est pas un mouvement vers la chose. C'est plutôt l'inverse, comme nous l'avons dit dans la première Partie, C'est pourquoi on parle plutôt d'assentiment pour l'intelligence ; cependant l'usage permet d'employer un mot pour l'autre. On peut dire aussi que l'intelligence assentit en tant qu'elle est mue par la volonté.