Article 5 — Tous les hommes étaient-ils obligés d'observer la loi ancienne ?
Objections :
1. Tous les sujets d'un roi sont soumis à ses lois ; or Dieu, auteur de la loi ancienne, "est le roi de toute la terre" (Ps 47, 8). Tous les habitants de la terre étaient donc tenus d'observer la loi.
2. S'ils n'observaient pas la loi ancienne, les Juifs ne pouvaient se sauver : "Maudit soit celui qui s'écarte des paroles de cette loi et ne les met pas en pratique" (Dt 27, 26). Donc, si le reste de l'humanité avait pu faire son salut sans observer la loi ancienne, la position des juifs eût été plus défavorable que celle des autres.
3. Les païens avaient accès au rite judaïque et aux pratiques de la loi : "Si un étranger veut séjourner chez vous et célébrer la Pâque, tout mâle de sa maison sera d'abord circoncis ; alors il pourra célébrer selon la loi comme un enfant de votre pays" (Ex 12, 48). Mais pourquoi Dieu aurait-il décidé d'admettre les étrangers aux pratiques légales si celles-ci n'avaient pas été nécessaires à leur salut ? C'est donc que nul ne pouvait être sauvé, à moins d'observer la loi.
Cependant :
Denys affirme que "nombre de païens ont été ramenés à Dieu par des anges". Comme les païens, évidemment, n'observaient pas la loi, on pouvait donc être sauvé sans cela.
Conclusion :
La loi ancienne mettait en lumière les préceptes de la loi naturelle en y ajoutant quelques préceptes propres. Quant aux prescriptions qu'elle empruntait à la loi naturelle, tous les hommes étaient tenus de les observer non pas au titre de la loi ancienne, mais par l'autorité de la loi naturelle. Quant à ce qu'elle y ajoutait, la loi ancienne n'y obligeait que le peuple juif.
En effet, on sait que la loi ancienne a été accordée au peuple juif pour lui conférer une prééminence de sainteté, par respect pour le Christ, qui devait naître de ce peuple. Or, toutes les fois qu'un statut est édicté en vue de mettre certaines personnes dans un état spécial de sainteté, il n'oblige que ces personnes ; il y a par exemple des obligations particulières qui concernent les clercs, attachés au service de Dieu, et qui ne pèsent pas sur les laïcs ; de même les religieux sont obligés par profession à certaines oeuvres de perfection auxquelles ne sont pas tenus les séculiers. Ainsi le peuple de Dieu avait des devoirs particuliers que les autres peuples ne connaissaient pas : "Tu seras parfait et sans tache près du Seigneur ton Dieu", dit le Deutéronome (18, 13) qui signale même, un peu plus loin, l'usage d'une sorte de profession : "Je professe aujourd'hui en présence du Seigneur ton Dieu" etc. (26, 3).
Solutions :
1. Lorsqu'un roi commande indifféremment à tous ses sujets l'observance d'une loi, celle-ci les oblige tous. Mais, s'il prescrit aux gens de sa maison des pratiques particulières, les autres n'y sont pas tenus.
2. Le mieux, pour l'homme, c'est d'être plus étroitement uni à Dieu. Aussi, parmi les autres peuples, le peuple juif l'emportait en dignité dans la mesure même où il était attaché davantage au culte divin : "Est-il une autre nation aussi fameuse qui ait nos rites, nos justes ordonnances et l'ensemble de notre loi ?" (Dt 4, 8). De ce point de vue pareillement, la condition des clercs est préférable à celle des laïcs, et celle des religieux à celle des séculiers.
3. Les païens étaient admis à l'observance de la loi parce que ce régime leur permettait de se sauver plus parfaitement et plus sûrement que celui de la seule loi naturelle. De même aujourd'hui voyons-nous des laïcs entrer dans la cléricature, des séculiers entrer en religion, alors qu'ils pourraient se sauver autrement.