TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 8 — Quelque chose peut-il s’opposer à la providence divine ?

Objections :

1. Il semble bien, puisqu’on lit dans Isaïe (3, 8) : " Leurs propos et leurs actes à l’égard du Seigneur ne sont que révolte. "

2. Aucun roi ne punit avec justice ceux qui ne s’opposent pas à leurs ordres. Donc, si rien ne venait contrarier l’ordre divin, aucun homme ne serait puni par Dieu avec justice.

3. Toute chose est soumise à l’ordre du gouvernement divin. Pourtant telle chose est combattue par telle autre. Il y a donc certaines choses qui s’opposent au gouvernement divin.

En sens contraire :

Boèce écrit " Il n’y a rien qui veuille ou qui puisse faire obstacle à ce souverain Bien. C’est donc lui, le souverain Bien, qui régit fortement toutes choses et les dispose avec douceur", ainsi qu’il est dit de la sagesse divine (Sg 8, 1).

Réponse :

L’ordre de la providence divine peut être considéré à un double point de vue : en général, c’est-à-dire en tant qu’il a pour origine la cause qui gouverne tout ; en particulier, c’est-à-dire en tant qu’il se réfère à une cause déterminée, exécutrice du gouvernement divin. Au premier point de vue, rien ne s’oppose à l’ordre du gouvernement divin, et cela pour deux raisons évidentes. D’abord parce que l’ordre du gouvernement divin, envisagé dans sa totalité, tend au bien, et que toute chose, dans son action et sa tendance, ne vise que le bien ; car, selon Denys " nul, dans son opération, ne se propose pour fin le mal ". Ensuite, parce que toute inclination, soit naturelle, soit volontaire, ne peut être imprimée que par le premier moteur ; de même que la tendance de la flèche vers un point déterminé de la cible n’est pas autre chose que l’impulsion donnée par le tireur. Tous les êtres qui agissent, soit naturellement, soit volontairement, parviennent donc pour ainsi dire spontanément au but pour lequel ils ont été divinement ordonnés. Et c’est pourquoi l’on dit de Dieu qu’il dispose toutes choses avec douceur.

Solutions :

1. On dit que certains pensent, parlent ou agissent contre Dieu, non parce qu’ils s’opposent totalement au plan du gouvernement divin, car même ceux qui pèchent poursuivent un certain bien. Mais ils s’opposent à un certain bien déterminé qui leur convient selon leur nature ou leur état. Et c’est pourquoi ils sont punis justement par Dieu.

2. Ceci résout la deuxième objection.

3. Le fait qu’un être en contrarie un autre montre qu’on peut refuser l’ordre qui vient d’une cause particulière, mais non l’ordre qui dépend de la cause universelle de l’ensemble