Article 11 — Doit-on distinguer en Dieu une volonté de signe ?
Objections :
1. Il semble que non ; car la science de Dieu, aussi bien que la volonté de Dieu, est cause des choses. Mais on ne parle pas de signes du côté de la science divine. Donc on ne doit pas en admettre pour sa volonté.
2. Tout signe qui ne concorde pas avec la chose signifiée est faux. Donc, si les signes de la volonté divine ne concordent pas avec la volonté divine, ils sont faux ; s’ils concordent ils sont inutiles.
En sens contraire :
La volonté de Dieu est unique, étant identique à son essence. Pourtant elle est parfois signifiée au pluriel, comme quand on dit avec le Psaume (111, 2 Vg) : “ Les œuvres de Dieu sont grandes, conformes à toutes ses volontés. ” Il faut donc parfois prendre pour la volonté même de Dieu un signe de sa volonté.
Réponse :
Comme on a pu le voir plus haut, ce que nous disons de Dieu est pris tantôt dans un sens propre, tantôt par métaphore. Quand, par métaphore, nous attribuons à Dieu des passions humaines, c’est à cause de la ressemblance des effets. De là vient que ce qui serait en nous le signe de telle passion est attribué métaphoriquement à Dieu sous le nom de cette passion. Ainsi les gens irrités ont coutume de punir, si bien que l’acte de punir est un signe de colère ; c’est pour cette raison que l’acte de punir, quand il est attribué à Dieu, est signifié par le mot “ colère ”. De même, ce qui est en nous le signe d’une volonté est appelé parfois métaphoriquement, en Dieu, une volonté. Par exemple, si un homme ordonne quelque chose, c’est un signe qu’il veut que cette chose soit faite ; pour cette raison, le précepte divin est parfois appelé, par métaphore, une volonté de Dieu, ainsi : “ Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. ” Mais il y a cette différence entre la volonté et la colère, que la colère n’est jamais attribuée à Dieu au sens propre, parce que dans sa signification principale elle inclut la passion ; au contraire, la volonté est attribuée au sens propre à Dieu. C’est pourquoi, en Dieu, on distingue une volonté au sens propre et une volonté au sens métaphorique. La volonté proprement dite est appelée volonté de bon plaisir, et la volonté métaphorique est appelée volonté de signe, parce que le signe d’une volonté est pris en ce cas pour la volonté même.
Solutions :
1. La science de Dieu n’est cause des choses qui sont faites que par l’intermédiaire de la volonté ; car les choses que nous avons dans l’esprit par la connaissance, nous ne les faisons que si nous les voulons. C’est pourquoi on n’attribue pas de signe à la science comme à la volonté.
2. Si les signes du vouloir sont nommés “ volontés de Dieu ”, ce n’est pas parce qu’ils sont le signe de ce que Dieu veut ; mais les choses qui sont en nous le signe que nous voulons sont appelées en Dieu (par métaphore) “ volontés de Dieu ”. Ainsi, la punition n’est pas signe qu’il y ait en Dieu de la colère ; mais l’acte de punir, du fait qu’il est en nous signe de colère, est appelé chez Dieu “ colère ”.