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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 12 — Convient-il de proposer cinq signes de la volonté divine ?

Objections :

1. Il ne semble pas qu’il convienne de proposer, concernant la volonté divine, les cinq signes que sont : la prohibition, le précepte, le conseil, l’opération et la permission. Car les choses mêmes que Dieu prescrit ou nous conseille, il les opère parfois en nous, et ce qu’il prohibe, il le permet parfois : on ne devrait donc pas opposer ces termes dans une division.

2. Dieu ne fait rien sans le vouloir d’après le livre de la Sagesse (Il, 25) ; or la volonté de signe est distincte de la volonté de bon plaisir. Donc l’opération ne doit pas se ranger sous la volonté de signe.

3. L’opération et la permission concernent toutes les créatures, car à l’égard de tout, Dieu agit et permet certaines choses ; au contraire, le précepte, le conseil et la prohibition ne s’adressent qu’à la créature raisonnable ; tous ces termes, qui n’appartiennent pas au même ordre de choses, ne devraient donc pas figurer ensemble dans une même division.

4. Le mal se produit de façon plus diverse que le bien ; car le bien se réalise d’une seule manière, alors que le mal est multiforme, ainsi que l’observent Aristote et Denys ; il ne convient donc pas de consacrer au mal un signe seulement : la prohibition, alors que deux concernent le bien : le conseil et le précepte.

Réponse :

Les signes en question sont ceux par lesquels nous avons coutume de manifester nos vouloirs. En effet, quelqu’un peut déclarer qu’il veut une chose, ou par soi-même ou par un autre. Par soi-même, en faisant quelque chose soit directement, soit indirectement et par accident. Directement, s’il opère par lui-même quelque chose, et à cet égard l’opération est dite signe.

Indirectement s’il n’empêche pas un autre d’agir ; car celui qui écarte un empêchement est dit mouvoir indirectement et par accident, ainsi que l’explique Aristote. A cet égard, est dite signe la permission. Par un autre quelqu’un déclare qu’il veut quelque chose : soit par une intimation formelle qui l’oblige, ce qui se fait en prescrivant ce que l’on veut, et en prohibant le contraire ; soit par la persuasion, ce qui relève du conseil.

Donc, puisque ce sont là les cinq manières dont quelqu’un déclare qu’il veut quelque chose, on leur donne parfois le nom de “ volontés divines ”, en tant qu’ils sont signes de cette volonté. En effet, que le précepte, le conseil et la prohibition soient appelés volontés de Dieu, c’est ce qu’on voit en Saint Matthieu (6, 10) : “ Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. ” Que la permission ou l’action soient appelées volontés de Dieu, on le voit par ces paroles de Saint Augustin : “ Rien ne se fait si ce n’est ce que le Tout-Puissant veut que ce soit fait, soit en laissant faire, soit en faisant lui-même. ”

Il est vrai qu’on peut dire aussi : La permission et l’opération se réfèrent au présent, permission s’il s’agit du mal, opération s’il s’agit du bien ; à l’avenir au contraire se rapportent, s’il s’agit du mal, la prohibition ; s’il s’agit du bien nécessaire, le précepte ; s’il s’agit du bien surérogatoire, le conseil.

Solutions :

1. Rien n’empêche qu’au sujet de la même chose on déclare de diverses façons sa volonté ; dans la langue aussi, il y a bien des synonymes. Rien ne s’oppose donc à ce qu’une même chose soit objet de précepte, d’opération, de prohibition ou de permission.

2. De même que, par métaphore, on peut signifier que Dieu veut une chose qu’il ne veut pas à proprement parler, de même on peut, par métaphore, signifier qu’il veut une chose qu’il veut vraiment. Rien n’empêche donc qu’à l’égard du même objet il y ait et une volonté de bon plaisir et une volonté de signe. Mais l’opération est toujours identique à la volonté de bon plaisir, et non pas le précepte ni le conseil ; la raison en est d’abord que l’opération est au présent, alors que le précepte et le conseil regardent l’avenir ; ensuite l’opération est par elle-même un effet de la volonté ; le précepte et le conseil n’en sont l’effet que par intermédiaire, ainsi qu’on vient de le dire.

3. La créature raisonnable est maîtresse de ses actes, et c’est pourquoi on relève à son sujet des signes particuliers de la volonté divine, selon que Dieu destine cette créature à agir volontairement et par elle-même. Les autres créatures, au contraire, n’agissent que mues par l’opération divine, et c’est pourquoi, touchant ces autres créatures, on ne signale que l’opération et la permission.

4. Le mal de faute, bien qu’il se produise de multiples manières, a toujours ceci de commun qu’il est contraire à la volonté de Dieu, et c’est pour cela qu’un seul signe s’y rapporte : la prohibition. Au contraire, les biens ont avec la bonté divine des rapports divers ; car il en est sans lesquels nous ne pouvons accéder au partage de la bonté divine, et à leur égard il y a le précepte. Il en est d’autres par lesquels nous y accédons de manière plus parfaite et ils sont l’objet du conseil. On peut dire encore que le conseil ne regarde pas seulement les meilleurs biens à obtenir, mais aussi les moindres maux à éviter.

Il faut maintenant étudier ce qui se rapporte à la volonté de Dieu considérée absolument. Or, dans la partie appétitive de notre âme, se trouvent à la fois des passions, comme la joie, l’amour et les choses semblables, et les habitus que sont les vertus morales comme la justice, la force et les autres. Nous envisagerons donc : 1° L’amour chez Dieu (Q. 20) ; 2° sa justice et sa miséricorde (Q. 21).