Article 4 — Logiquement, les relations présupposent-elles les actes des personnes, ou inversement ?
Objections :
1. Le Maître des Sentences dit : “ Dieu est toujours Père, parce qu’il engendre toujours son Fils. ” Où il paraît bien que la génération précède en raison la paternité.
2. Toute relation présuppose logiquement ce qui la fonde ; ainsi l’égalité présuppose la quantité. Or, la paternité est une relation fondée sur l’action, à savoir sur la génération. Donc la paternité présuppose la génération.
3. Entre génération active et paternité, il y a le même rapport qu’entre naissance et filiation. Or la filiation présuppose la naissance, car Dieu est le Fils parce qu’il est né. La paternité présuppose donc aussi la génération.
En sens contraire :
La génération est une opération de la personne du Père. Or c’est la paternité qui constitue la personne du Père. Donc la paternité est présupposée logiquement à la génération.
Réponse :
Si l’on tient que les propriétés au lieu de distinguer et constituer les hypostases ne font que manifester les hypostases déjà distinctes et constituées, il faut dire alors purement et simplement que, dans l’ordre de notre pensée, les relations suivent les actes notionnels. Et l’on pourra dire purement et simplement : “ Parce que Dieu engendre, il est Père. ”
Mais si l’on admet qu’en Dieu ce sont les relations qui distinguent et constituent les personnes, il faut alors recourir à une distinction. En effet, nous concevons et exprimons l’origine en Dieu ou bien à l’actif, ou bien au passif : à l’actif, nous attribuons la génération au Père, et nous attribuons la spiration (entendue comme acte notionnel) au Père et au Fils. Au passif, nous attribuons la naissance au Fils, la procession au saint Esprit. Or, prises au sens passif, les origines précèdent purement et simplement en raison les propriétés des personnes qui procèdent, même leurs propriétés personnelles, parce que l’origine, prise au sens passif est conçue et signifiée comme une voie vers la personne que la propriété constitue. Pareillement, l’origine prise au sens actif précède logiquement la relation non personnelle de la personne principe ; c’est-à-dire que l’acte notionnel de spiration précède logiquement la propriété relative innommée qui est commune au Père et au Fils. Mais la propriété personnelle du Père peut faire l’objet d’une double considération. Comme relation, d’abord ; et de ce chef encore, elle présuppose logiquement l’acte notionnel, la relation étant fondée sur l’acte. Ensuite, comme constituant la personne ; sous cet aspect, la relation doit être présupposée à l’acte notionnel, comme la personne qui agit est logiquement présupposée a son action.
Solutions :
1. Dans cette sentence du Maître, “ parce qu’il engendre, il est Père ”, le mot “ Père ” est un attribut évoquant simplement la relation de paternité ; il ne signifie pas expressément la personne subsistante. Avec ce dernier sens, il faudrait retourner la formule : “ parce que c’est le Père, il engendre ”.
2. Cette objection vaut pour la paternité considérée comme relation, mais non pas comme constituant la personne.
3. La naissance est la voie qui mène à la personne du Fils. Sous cet aspect, elle précède la filiation, même en tant que celle-ci constitue la personne du Fils. Mais la génération active se conçoit et signifie comme émanant de la personne du Père ; aussi présuppose-t-elle la propriété personnelle du Père.