Article 4 — Convient-il à toute Personne divine d’être envoyée ?
Objections :
l. Pour une Personne divine, être envoyée c’est être donnée. Or le Père se donne : car nul ne peut le posséder si lui-même ne se donne. On peut donc bien dire que le Père s’envoie lui-même.
2. Il y a mission de la Personne divine, quand il y a habitation de grâce. Mais par la grâce, c’est la Trinité entière qui habite en nous, selon cette parole en Saint Jean (14, 23) : “ Nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. ” Chacune des Personnes divines est donc envoyée.
3. Tout attribut qui convient à l’une des Personnes convient à toutes, exception faite des notions et des personnes. Or le terme mission ne signifie ni une personne, ni une notion, car il n’y a que cinq notions, nous l’avons dit. De toute Personne divine on peut donc dire qu’elle est envoyée.
En sens contraire :
Saint Augustin nous dit : “ Dans l’Écriture, seul le Père n’est jamais dit être envoyé. ”
Réponse :
Par définition, mission implique procession à partir d’un autre ; et en Dieu, procession d’origine, on l’a dit plus haut. Puisque le Père ne procède d’aucun autre, il ne lui convient donc nullement d’être envoyé ; cela n’appartient qu’au Fils et au saint Esprit, car il leur convient d’être à partir d’un autre.
Solutions :
1. Si donner veut dire communiquer librement quelque chose, alors le Père se donne ainsi lui-même, puisqu’il se communique libéralement à la créature pour qu’elle jouisse de lui. Mais si donner veut évoquer une autorité du donateur sur ce qui est donné, alors en Dieu ne peut être donnée, et pareillement envoyée, que la Personne qui procède d’une autre.
2. L’effet de grâce provient aussi du Père qui, par cette grâce, habite l’âme au même titre que le Fils et le saint Esprit ; mais on ne dit pas qu’il est envoyé, parce qu’il ne procède pas d’un autre. C’est l’explication qu’en donne Saint Augustin : “ Quand le Père est connu de quelqu’un dans le temps, on ne dit pas qu’il est envoyé ; car il n’a personne de qui venir ou procéder. ”
3. Le terme de mission, en tant qu’il évoque une procession à partir de celui qui envoie, inclut bien une notion dans sa signification ; non pas sans doute telle notion en particulier, mais dans une acception générique, au sens ou “ être d’un autre ” est un aspect commun aux deux notions de filiation et de spiration passive.