TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Les rapports naturels entre les puissances de l’âme

Objections :

1. Il semble qu’il n’y ait pas d’ordre entre les puissances de l’âme. En effet, lorsque des réalités sont classées sous une même division, il n’y a entre elles ni avant ni après, elles sont données simultanément. Or c’est le cas des puissances de l’âme. Il n’y a donc pas d’ordre entre elles.

2. Les puissances de l’âme ont rapport aux objets et à l’âme elle-même. Par rapport à l’âme, il n’y a pas d’ordre entre elles, puisque l’âme est une. Même conclusion par rapport aux objets, puisqu’ils sont divers et absolument disparates, par exemple, la couleur et le son.

3. Lorsque des puissances sont ordonnées entre elles, l’activité de l’une dépend de l’activité de l’autre. Mais cela n’arrive pas dans les puissances de l’âme, car la faculté de voir peut fonctionner sans celle d’entendre, et inversement. Il n’y a donc pas d’ordre entre les puissances de l’âme.

En sens contraire :

Aristote compare les parties ou puissances de l’âme à des figures géométriques. Or, il y a des rapports d’ordre entre les figures ; et donc aussi entre les facultés de l’âme.

Réponse :

L’âme est une, et ses puissances sont multiples. Or le multiple sort de l’un selon un certain ordre. Un certain ordre entre les facultés de l’âme est donc nécessaire.

On trouve trois espèces d’ordre entre elles : les deux premières se prennent des relations de dépendance d’une puissance envers une autre ; la troisième d’après la hiérarchie des objets. Une puissance peut dépendre d’une autre, soit selon l’ordre de la nature, en tant que les êtres parfaits passent naturellement avant les êtres imparfaits ; soit selon l’ordre de génération et de succession temporelle, en tant que l’être imparfait s’achemine vers le parfait.

Selon la première espèce d’ordre, les facultés intellectuelles ont priorité sur les facultés sensibles ; c’est pourquoi elles les gouvernent et leur commandent. De la même manière, les facultés sensibles ont priorité sur les puissances de l’âme végétative. - Dans la deuxième espèce d’ordre, le rapport est inverse. Car les puissances végétatives sont antérieures, dans l’ordre de génération, aux facultés sensibles ; c’est ainsi qu’elles préparent le corps pour que ces dernières puissent agir. Même rapport entre les facultés sensibles et les facultés intellectuelles. - Selon la troisième espèce d’ordre, certaines puissances sensibles sont ordonnées entre elles, comme la vue, l’ouïe, l’odorat. Car ce qui est visible prend naturellement le premier rang ; parce que l’être visible est commun aux corps célestes et aux corps inférieurs. Ce qui est sonore se réalise dans l’air, qui a une priorité de nature sur la combinaison d’éléments qui produit l’odeur.

Solutions :

1. On trouve en certains genres des espèces où il y a relation d’avant et d’après : tels les nombres et les figures, quant à leur existence. On dit cependant qu’ils sont donnés simultanément, en tant qu’ils sont classés sous un même genre.

2. L’ordre des puissances de l’âme est déterminé : et par rapport à l’âme qui est apte à diverses activités selon un certain ordre, bien qu’elle reste une, selon son essence ; et par rapport aux objets, et même par rapport aux actes, comme on l’a dit.

3. Cette objection n’a de valeur que dans le cas des puissances où l’on n’observe que la troisième espèce d’ordre. Celles où se trouvent les deux autres espèces sont constituées de telle sorte que l’acte de l’une dépend de l’acte de l’autre.