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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — L’homme en état d’innocence aurait-il dominé sur toute créature ?

Objections :

1. Il semble que l’homme n’aurait pas dominé sur toutes les autres créatures. Car l’ange par nature jouit d’un plus grand pouvoir que l’homme. Mais, dit Saint Augustin, la matière corporelle n’aurait pas obéi au moindre signe des saints anges ; donc beaucoup moins encore à l’homme dans l’état d’innocence.

2. Les plantes ont uniquement, comme puissances vitales, celles qui président à la nutrition, à la croissance et à la génération. Or ces puissances ne sont pas capables par nature d’obéir à la raison, comme cela se voit chez un seul et même homme. Donc, puisque la domination appartient à l’homme au titre de la raison, il semble que l’homme dans l’état d’innocence n’aurait pas dominé sur les plantes.

3. Quiconque domine sur une chose peut changer cette chose. Mais l’homme n’aurait pu changer le cours des corps célestes ; cela en effet est le propre de Dieu seul, dit Denys. Donc il ne dominait pas sur eux.

En sens contraire :

il est dit dans la Genèse (1, 26) au sujet de l’homme : " Qu’il commande à toute créature. "

Réponse :

Tout existe dans l’homme d’une certaine façon, et c’est pourquoi au type de domination qu’il exerce sur ce qui est en lui correspond celui qu’il lui revient d’exercer sur les autres. Or dans l’homme, il y a quatre choses à considérer : la raison qu’il a en commun avec les anges, les puissances sensibles qu’il a en commun avec les animaux, les puissances naturelles qu’il a en commun avec les plantes, et le corps lui-même qu’il a en commun avec les choses inanimées. Dans l’homme la raison occupe la place de ce qui domine, et non de ce qui est soumis à domination. Aussi l’homme dans l’état primitif ne dominait-il pas sur les anges ; et quand on dit qu’il commande à toute créature, il s’agit de celle qui n’était pas à l’image de Dieu. Quant aux puissances sensibles, comme l’irascible et le concupiscible, qui obéissent dans une certaine mesure à la raison, l’âme exerce sur elles une domination en leur donnant des ordres. Aussi dans l’état d’innocence dominait-elle par ses ordres sur les autres animaux. Quant aux puissances naturelles et au corps, l’homme n’exerce pas de domination sur eux en leur donnant des ordres, mais en les utilisant. Et de même la domination qu’il exerçait dans l’état d’innocence sur les plantes et les choses inanimées se faisait non par des ordres ou une transformation, mais en utilisant leurs services sans rencontrer d’empêchement.

On a ainsi répondu aux Objections.