Article 4 — A qui surtout la sobriété est-elle nécessaire ?
Objections :
1. Il semble qu'elle soit surtout requise chez les gens âgés et importants. En effet, la vieillesse confère à l'homme une certaine supériorité. C'est pourquoi le respect et l'honneur sont dus aux vieillards, selon cette recommandation du Lévitique (19, 32) : "Tu te lèveras devant une tête chenue, tu honoreras la personne du vieillard." Or saint Paul dit que la sobriété doit être spécialement recommandée aux vieillards (Tt 2, 2) : "Que les vieillards soient sobres "La sobriété est donc requise chez les personnes les plus dignes.
2. L'évêque occupe dans l'Église le plus haut degré de dignité. C'est à lui que la sobriété est prescrite par saint Paul (1 Tm 3, 2) : "Il faut que l'évêque soit irréprochable, qu'il n'ait été marié qu'une fois, qu'il soit sobre, pondéré, etc." La sobriété est donc surtout requise chez les personnes élevées en dignité.
3. La sobriété implique l'abstinence de vin.
Mais le vin est interdit aux rois, qui tiennent la place la plus élevée dans les affaires humaines, et il est permis à ceux qui se trouvent dans un état d'abaissement. On peut lire en effet dans les Proverbes (31, 4) : "Il ne convient pas aux rois de boire du vin", et peu après (v. 6) : "Procure des boissons fortes à qui va périr, du vin au coeur rempli d'amertume." La sobriété est donc surtout requise chez les personnes élevées en dignité.
Cependant :
Saint Paul écrit (1 Tm 3, 11) : "Que les femmes soient dignes, point médisantes, sobres, etc." et encore (Tt 2, 6) : "Exhorte les jeunes gens à être sobres."
Conclusion :
La vertu a une double relation : d'une part avec les vices contraires qu'elle exclut et les convoitises qu'elle réprime ; d'autre part avec la fin à laquelle elle conduit. Ainsi donc une vertu est davantage requise chez certains pour une double raison. D'abord, parce qu'ils se portent plus promptement aux convoitises que la vertu doit réprimer, et aux vices que la vertu doit détruire. De ce point de vue, la sobriété est surtout demandée aux jeunes gens et aux femmes ; aux jeunes gens chez qui le désir du délectable a toute sa vigueur, à cause de l'ardeur de leur âge ; et aux femmes chez qui n'existe pas une force suffisante pour résister aux convoitises. C'est pourquoi, selon Valère Maxime, chez les Romains dans l'Antiquité, les femmes ne buvaient pas de vin.
Ensuite la sobriété est davantage réclamée de ceux pour qui elle est plus nécessaire à l'accomplissement de leur tâche. En effet, le vin, quand il est pris avec excès, est ce qui entrave le plus l'usage de la raison. C'est pourquoi la sobriété est spécialement prescrite aux vieillards, chez qui la raison doit être en pleine vigueur afin d'instruire les autres ; aux évêques, et à tous les ministres de l'Église, qui doivent s'appliquer à leur ministère sacré avec un esprit de dévotion ; et aux rois, qui doivent gouverner leurs sujets avec sagesse.
Solutions :
Cela montre la réponse à faire aux différentes objections.