Article 7 — Le rapport de l’espérance avec la foi
Objections :
1. Il semble bien que l’espérance précède la foi. En effet, à propose de la parole du psaume (37, 3) : "Espère en Dieu et agis bien", la Glose dit que "l’espérance est l’entrée de la foi, le commencement du salut". Or le salut se fait par la foi, qui nous justifie. L’espérance précède donc la foi.
2. Ce qu’on met dans la définition d’une réalité, doit être antérieur à cette réalité, et mieux connu. Or on met l’espérance dans la définition de la foi selon l'épître aux Hébreux (11, 1) : "La foi est la garantie des biens qu'on espère." L'espérance est donc antérieure à la foi.
3. L'espérance précède l'acte méritoire. L'Apôtre dit en effet (1 Co 9, 10) : "Celui qui laboure doit travailler avec l'espoir de récolter des fruits." Or l'acte de foi est méritoire. Donc l'espérance précède la foi.
Cependant :
L’évangile de saint Matthieu (1, 2) nous dit : "Abraham engendra Isaac", c'est-à-dire : "la foi engendra l'espérance", selon le commentaire de la Glose.
Conclusion :
La foi, d'une façon absolue, précède l'espérance. L'objet de l'espérance, en effet, est un bien futur, difficile, et qu'il est cependant possible d'atteindre. Pour que quelqu'un puisse espérer, il est donc requis que l'objet de l'espérance lui soit proposé comme possible. Or l'objet de l'espérance est, d'une façon, la béatitude éternelle, et, d'une autre façon, le secours divin, nous l'avons montré. Ces deux objets nous sont proposés par la foi, car celle-ci nous apprend que nous pouvons parvenir à la vie éternelle et qu'à cette fin un secours divin nous a été préparé, selon l'épître aux Hébreux (11, 6) : "Celui qui s'approche de Dieu doit croire qu'il existe et qu'il assure la récompense à ceux qui le cherchent." Ainsi est-il évident que la foi précède l'espérance.
Solutions :
1. La Glose ajoute, au même passage, qu'on dit de l'espérance qu’elle est l'entrée de la foi, c'est-à-dire de la réalité à laquelle on croit, parce que c'est l'espérance qui introduit dans la vision de ce qu'on croit. Ou bien encore on peut l'appeler l'entrée de la foi parce que l'espérance apporte à l'homme plus de stabilité et de perfection dans la foi.
2. Dans la définition de la foi, on met "les réalités qu'on espère" parce que l'objet propre de la foi est une réalité qui par essence n'est pas apparente. Par suite il fut nécessaire de le désigner au moyen d'une circonlocution, par la réalité qui vient à la suite de la foi.
3. Tout acte méritoire n'est pas précédé de l'espérance, mais il lui suffit d'avoir une espérance qui l'accompagne ou qui le suive.