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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 17 — Les différentes espèces de prière

Objections :

1. Il ne semble pas adéquat de donner comme parties de la prière les obsécrations, les prières, les postulations et les actions de grâce. En effet, l'obsécration est une sorte d'adjuration. Mais d'après Origène "celui qui veut vivre selon l'Évangile ne doit adjurer personne ; il n'est pas plus permis d'adjurer que de jurer". Il ne convient donc pas de ranger l'obsécration parmi les parties de la prière.

2. La prière est selon le Damascène : "La demande à Dieu de ce qui convient". C'est donc à tort qu'on distingue prière et postulation.

3. L'action de grâce regarde le passé, les autres actes concernent l'avenir. Mais le passé précède l'avenir. L'action de grâce n'est donc pas à sa place au terme de l'énumération.

Cependant :

Il y a l'autorité de saint Paul (1 Tm 2, 1) : "Je recommande donc, avant tout, qu'on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes".

Conclusion :

Trois conditions sont requises à la prière :

1° S'approcher de Dieu que l'on prie. C'est ce que signifie le mot "prière", puisqu'il désigne l'élévation de l'esprit vers Dieu.

2° Il faut aussi demander : ce qu'exprime le mot "postulation". Si c'est une demande déterminée, c'est pour certains la "postulation" proprement dite ; si elle reste indéterminée, comme lorsqu'on demande l'aide de Dieu, ils la nomment "supplication", et si l'on se contente d'exposer un fait comme par exemple : "Celui que tu aimes est malade" (Jn 11, 3), ils l'appellent "insinuation".

3° Il faut enfin un motif d'obtenir ce qu'on demande, et on le prend du côté de Dieu et du côté de celui qui prie. Du côté de Dieu, c'est sa sainteté, à raison de quoi nous demandons d'être exaucé selon Daniel (9, 18) : "Prête l'oreille, Seigneur... en raison de tes grandes miséricordes." C'est le rôle de l'"obsécration" qui implore au nom de réalités saintes, comme nous disons dans les litanies : "Par ta naissance délivre-nous, Seigneur." Du côté de l'homme, la raison qu'il peut avoir d'obtenir ce qu'il demande, c'est l'"action de grâce" : "En rendant grâce pour les bienfaits reçus, puissions-nous en recevoir de plus grands", dit une oraison du missel.

Nous retrouvons ces distinctions dans les explications de la Glose sur le texte de Paul : "A la messe la consécration est précédée par des "obsécrations" qui sont un rappel des réalités saintes. La "prière" consiste dans la consécration même, moment où l'esprit doit le plus s'élever vers Dieu. On trouve les "postulations" dans les demandes qui suivent, et les "actions de grâce" à la fin."

- On peut également remarquer ces quatre éléments dans bon nombre d'oraisons de l’Église. Par exemple celle de la fête de la Trinité, les mots : "Dieu éternel et tout-puissant" représentent l'élévation de la prière vers Dieu ; les mots : "qui as donné à tes serviteurs" constituent l'action de grâce ; "accorde, nous le demandons..." exprime la postulation ; et cette formule finale : "Par Jésus Christ Notre Seigneur..." renferme l'obsécration.

On lit, il est vrai, dans les Conférences des Pères "L'obsécration est l'imploration pour nos péchés ; la prière consiste dans les voeux qu'on fait à Dieu ; la postulation désigne les demandes qu'on fait pour autrui." Mais la première explication est meilleure.

Solutions :

1. C'est l'adjuration par mode de contrainte qui est défendue ; non l'obsécration qui implore miséricorde.

2. La prière en son acception la plus générale inclut tout ce qu'on vient de dire. Mais comme élément distinct elle est proprement l'élévation vers Dieu.

3. Lorsque les événements sont divers, le passé précède l'avenir. Mais un seul et même événement est futur avant d'être passé. C'est pourquoi l'action de grâce pour certains bienfaits précède la demande d'autres bienfaits. Mais s'il s'agit d'un même bienfait on commence par le demander, puis l'ayant reçu on en rend grâce. Par ailleurs la postulation est précédée de la prière, qui nous fait aborder celui à qui nous demandons ; et la prière elle-même suit l'obsécration qui, nous faisant considérer la bonté divine, nous donne la hardiesse de l'approcher.

LES ACTES EXTÉRIEURS DE LATRIE

Ce sont :

- 1°. L'adoration où l'on vénère Dieu par son corps (Question 84).

- 2°. Les actes par lesquels on offre à Dieu quelque chose de ses biens extérieurs (Question 85-88).

- 3°. Les actes dans lesquels on emploie des réalités divines (Question 89-91).