Article 2 — Est-il vrai de dire : "L'homme est Dieu" ?
Objections :
1. Le nom de Dieu est incommunicable, et l'Écriture (Sg 14, 21) reproche aux idolâtres de "donner à des morceaux de bois et à des pierres ce nom incommunicable". Pour la même raison, il semble inadmissible d'attribuer ce nom à l'homme.
2. Tout ce qui est attribué au prédicat est attribué au sujet. Or il est vrai de dire : "Dieu est Père", ou : "Dieu est Trinité." Et s'il est vrai de dire : "L'homme est Dieu", il semble qu'il sera aussi vrai de dire : "L'homme est le Père", ou : "L'homme est la Trinité." Mais ces propositions sont fausses, donc la première aussi.
3. Dans le Psaume (81, 10 Vg), il est écrit : "Il n'y aura pas chez toi de dieu nouveau." Mais l'homme est quelque chose de récent, car le Christ n'a pas toujours été un homme. Donc la proposition : "L'homme est Dieu" est fausse.
Cependant :
Il est écrit (Rm 9, 5) : "C'est d'eux (les Israélites) que le Christ est issu selon la chair, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement!" Or, selon la chair, le Christ est homme. Il est donc vrai de dire : "L'homme est Dieu."
Conclusion :
Une fois posée la vérité des deux natures, divine et humaine, et leur union dans la personne et l'hypostase, cette proposition : "L'homme est Dieu" est vraie en propriété de termes comme celle-ci : "Dieu est homme." En effet, ce mot "homme" peut représenter toute hypostase de la nature humaine, et ainsi peut-il représenter la personne du Fils de Dieu, que nous affirmons être l'hypostase de la nature humaine. Or, il est évident que le mot "Dieu" peut être véritablement et proprement attribué à la personne du Fils, comme nous l'avons démontré dans la première Partie. Il reste donc que cette proposition est vraie en propriété de termes : "L'homme est Dieu."
Solutions :
1. Les idolâtres attribuent le nom de la déité à des pierres et à des morceaux de bois considérés dans leur nature propre parce qu'ils mettaient en eux quelque chose de divin. Quant à nous, nous n'attribuons pas la divinité à l'homme en raison de sa nature humaine, mais seulement parce que le suppôt éternel se trouve être, du fait de l'union, suppôt de la nature humaine, comme nous venons de le dire.
2. Le mot "Père" est attribué au mot "Dieu" parce que "Dieu" représente ici la personne du Père. En ce sens, on ne l'attribue pas à la personne du Fils, car la personne du Fils n'est pas la personne du Père. On ne doit donc pas attribuer le mot "Père" au mot "homme", puisque ce dernier terme représente ici la personne du Fils.
3. Bien que la nature humaine soit, dans le Christ, quelque chose de nouveau, le suppôt de cette nature n'est pas nouveau, il est éternel. Et puisque le mot "Dieu" n'est pas attribué à l'homme en raison de la nature humaine, mais en raison du suppôt, il ne s'ensuit pas que nous posions un dieu nouveau. Ce serait vrai si nous ans que "l'homme", dans le Christ, représente un suppôt créé, comme sont obligés de le dire ceux qui placent en lui deux suppôts.