Article 3 — Le baptême de Jean conférait-il la grâce ?
Objections :
1. On lit en saint Marc (1, 4) : "Jean baptisait dans le désert, et il prêchait un baptême de pénitence pour la rémission des péchés." Or la pénitence et la rémission des péchés requièrent la grâce. Donc le baptême de Jean conférait la grâce.
2. Ceux que Jean devait baptiser confessaient leurs péchés, comme on le lit en Matthieu (3, 6) et Marc (1, 5). Or la confession des péchés se fait en vue de leur pardon, qui se réalise par la grâce. Le baptême de Jean conférait donc la grâce.
3. Le baptême de Jean était plus proche du baptême du Christ que la circoncision. Or la circoncision remettait le péché originel ; car, d’après saint Bède, "sous la loi, la circoncision apportait contre la blessure du péché originel le même remède de guérison salutaire que le baptême apporte maintenant au temps de la révélation de la grâce". Donc, à plus forte raison, le baptême de Jean apportait-il la rémission des péchés ; ce qui ne peut se faire sans la grâce.
Cependant :
Jean Baptiste déclare en saint Matthieu (3, 11) : "Moi, je vous baptise dans l’eau, pour la pénitence." Ce que saint Grégoire le Grand explique ainsi : "Jean ne baptisa pas dans l'Esprit, mais dans l'eau, parce qu'il ne pouvait pas enlever les péchés." Or la grâce vient du Saint-Esprit, et c'est par elle que les péchés sont enlevés. Le baptême de Jean ne conférait donc pas la grâce.
Conclusion :
On le sait par l'Article précédent, l'enseignement et l'action de Jean ne faisaient que préparer ceux du Christ. C'est ainsi que l'apprenti et l'ouvrier subalterne préparent une matière à recevoir la forme que lui donnera le maître d'oeuvre. Or la grâce devait être conférée aux hommes par le Christ, suivant cette parole de Jean l'évangéliste (1, 17) : "La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ." Il en résulte que le baptême de Jean ne conférait pas la grâce, mais y préparait seulement. De trois manières :
- 1° par l'enseignement de Jean, qui amenait les auditeurs à la foi au Christ ;
- 2° en accoutumant les hommes au rite du baptême du Christ ;
- 3° par la pénitence, qui les préparait à recevoir l'effet du baptême du Christ.
Solutions :
1. D'après saint Bède, le mot "baptême" peut se comprendre de deux façons. Ou bien c'est le baptême administré par Jean lui-même, lequel est un "baptême de pénitence" en ce sens qu'il incite à pratiquer la pénitence et constitue une protestation par laquelle on professait qu'on ferait pénitence. Le baptême du Christ est différent : ce baptême-là, qui remet les péchés, Jean ne pouvait pas le donner ; il ne faisait que le prêcher en disant : "Lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint."
On peut soutenir aussi que Jean prêchait le baptême de pénitence, c'est-à-dire le baptême qui conduit à la pénitence, laquelle conduit à son tour à la rémission des péchés.
Ou bien encore on peut suivre l'opinion de saint Jérôme : "La grâce qui remet gratuitement les péchés est donnée par le, baptême du Christ. Mais ce qui est achevé par l’Époux est commencé par l'ami de l'Époux", c'est-à-dire Jean. Si donc "Jean baptisait et prêchait le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés", cela ne veut pas dire qu'il achevait toute cette oeuvre de la grâce ; mais il la commençait en y préparant les hommes.
2. Cette confession des péchés ne se faisait pas pour obtenir immédiatement leur pardon par le baptême de Jean, mais pour le recevoir par la pénitence qui suivait, et par le baptême du Christ auquel cette pénitence préparait.
3. La circoncision avait été instituée comme remède du péché originel. Mais le baptême de Jean n'avait pas été institué à cette fin ; il ne faisait que préparer au baptême du Christ, comme nous venons de le dire. Si les sacrements sont efficaces, c'est en vertu de l'institution divine.