TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 2 — Le Christ a-t-il fait des miracles par une vertu divine ?

Objections :

1. La vertu divine est toute-puissante. Mais il semble que le Christ, dans l'accomplissement de ses miracles, n'était pas tout-puissant, car on lit dans saint Marc (6, 5) : "Il ne pouvait faire là", dans sa patrie, "aucun miracle".

2. Il n'appartient pas à Dieu de prier. Mais le Christ priait parfois en faisant des miracles, comme on le voit à la résurrection de Lazare (Jn 11, 41) et à la multiplication des pains (Mt 14, 19).

3. Ce qui se fait par la vertu divine ne peut se faire en vertu d'une créature. Mais les miracles que Jésus faisait pouvaient se faire en vertu d'une créature ; aussi les pharisiens disaient-ils : "C'est par Belzébul, prince des démons, qu'il chasse les démons" (Lc 11, 15).

Cependant :

Le Seigneur dit (Jn 14, 10) : "C'est le Père, qui demeure en moi, qui fait toutes ces oeuvres."

Conclusion :

Comme nous l'avons établi dans la première Partie, les vrais miracles ne peuvent s'accomplir que par la vertu divine, parce que Dieu seul peut changer l'ordre de la nature, ce qui relève de la raison de miracle. Aussi le pape saint Léon écrit-il que le Christ ayant deux natures, l'une, la nature divine, "brille par les miracles" ; l'autre, la nature humaine, "est accablée par les outrages" et cependant "chacune agit en communication avec l'autre", parce que la nature humaine est l'instrument de la nature divine, et l'action humaine a reçu une vertu de la nature divine, nous l'avons dit plus haut.

Solutions :

1. Cette façon de parler : "Il ne put faire aucun miracle" ne doit pas être rapportée à la puissance absolue, mais à ce qui pouvait se faire de façon cohérente, car il n'était pas cohérent d'accomplir des miracles parmi les incrédules. Aussi ajoute-t-on : "Et il s'étonnait de leur incrédulité." C'est de la même manière que Dieu dit (Gn 18, 17) : "Je ne peux pas cacher à Abraham ce que je vais faire", et aussi (Gn 19, 22) : "Je ne puis rien faire (contre Sodome) avant que tu n'y sois arrivé."

2. Voici ce que dit saint Jean Chrysostome sur cette prière au moment de la multiplication des pains : "Il fallait croire que le Christ vient du Père, et qu'il est égal à lui. Et c'est pourquoi, afin de montrer l'un et l'autre, il fait ses miracles tantôt avec puissance, tantôt en priant. C'est dans les miracles moindres qu'il regarde vers le Ciel, comme à la multiplication des pains ; dans les grands miracles, qui viennent de Dieu seul, il agit avec puissance, ainsi quand il a remis les péchés ou ressuscité les morts." Si l'on dit qu'à la résurrection de Lazare "il leva les yeux vers le ciel", il l'a fait non parce qu'il avait besoin d'appui, mais pour donner l'exemple. Aussi dit-il : "J'ai parlé ainsi à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé."

3. Le Christ ne chassait pas les démons de la façon dont agissait la vertu des démons. Car, par la vertu des démons supérieurs, les démons sont bien chassés des corps, mais de telle sorte qu'ils gardent leur pouvoir sur l'âme, car le démon n'agit pas contre son règne. Tandis que le Christ chassait les démons du corps, mais bien davantage de l'âme. Aussi a-t-il condamné le blasphème des pharisiens prétendant qu'il chassait les démons par la vertu des démons :

- 1° Parce que Satan n'est pas divisé contre lui-même.

- 2° Par l'exemple de ceux qui chassaient les démons par l'Esprit de Dieu.

- 3° Parce qu'il ne pourrait chasser les démons s'il ne les avait pas vaincus par la vertu divine.

- 4° Parce qu'il n'y avait dans ses oeuvres ou dans leurs effets aucun accord entre lui et Satan, puisque Satan cherchait à disperser ce que lui-même, le Christ, rassemblait.