TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — La nécessité de la Résurrection

Objections :

1. Saint Jean Damascène écrit : "Pour un être vivant, la résurrection c'est le fait de se relever quand son corps s'était dissous ou était tombé." Or, le Christ n'est pas tombé par le péché, ni son corps ne s'est dissous, on vient de le montrer. Il ne lui convient donc pas au sens propre de ressusciter.

2. Ressusciter, c'est être promu à un état plus élevé. Car c'est surgir, et surgir implique un mouvement vers le haut. Or, le corps du Christ, après la mort, est demeuré uni à la divinité, et il ne pouvait pas monter plus haut. Il ne lui convenait donc pas de ressusciter.

3. Tout ce qui touche l'humanité du Christ est ordonné à notre salut. Or, la passion du Christ suffisait pleinement à notre salut, puisque par elle nous sommes délivrés de la peine et de la faute, on l'a montré. Il n'était donc pas nécessaire que le Christ ressuscite d'entre les morts.

Cependant :

On lit dans saint Luc (24, 46) : "Il fallait que le Christ souffre et ressuscite d'entre les morts."

Conclusion :

Qu'il ait été nécessaire que le Christ ressuscite, on peut en donner cinq raisons :

- 1° La glorification de la justice divine. Il lui convient en effet d'exalter ceux qui s'humilient à cause de Dieu, d'après saint Luc (1, 52) : "Il a déposé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles." Le Christ s'étant humilié jusqu'à la mort de la croix par charité et par obéissance à Dieu, il fallait que Dieu l'exalte jusqu'à la résurrection glorieuse. C'est en sa personne que le Psalmiste dit (139, 2) : "Tu as connu", c'est-à-dire tu as approuvé, "ma chute", c'est-à-dire mon humiliation et ma passion, "et aussi ma résurrection", c'est-à-dire ma glorification dans la résurrection : ces explications du Psaume sont de la Glose.

- 2° L'instruction de notre foi. Par la résurrection notre foi en la divinité du Christ se trouve confirmée car, dit saint Paul (2 Co 13, 4) : "Quoiqu'il ait été crucifié en raison de sa faiblesse, il vit cependant par la vertu de Dieu." Aussi dit-il encore (1 Co 15, 14) : "Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre prédication, vaine aussi notre foi." Et le Psalmiste (30, 10) affirme : "Quelle utilité y a-t-il dans mon sang", c'est-à-dire dans l'effusion de mon sang, "tandis que je descends", comme par une échelle de malheurs, "dans la corruption ?". Comme s'il disait : Il n'y a aucune utilité." Si, en effet, je ne ressuscite pas aussitôt et que mon corps se corrompe, explique la Glose, je ne l'annoncerai à personne, je ne gagnerai personne."

- 3° Le relèvement de notre espérance. En voyant ressusciter le Christ, qui est notre tête, nous espérons ressusciter nous aussi. Aussi est-il écrit (1 Co 15, 12) : "Si l'on prêche que le Christ est ressuscité, comment certains parmi vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts ?" Et Job (19, 25) assurait : "Je sais", par la certitude de la foi, "que mon Rédempteur", le Christ, "est vivant", ressuscité d'entre les morts ; aussi "au dernier jour me lèverai-je de terre ; telle est l'espérance qui est fixée dans mon coeur".

- 4° La formation morale des fidèles. Saint Paul écrit (Rm 6, 4) : "Le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père ; de même, nous, marchons dans une vie renouvelée." Et il ajoute : "Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; de même vous, croyez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu."

- 5° L'achèvement de notre salut. Si en mourant il a supporté les maux afin de nous en délivrer, en ressuscitant il a été glorifié afin de nous pousser vers le bien, suivant cette parole (Rm 4, 25) : "Il s'est livré pour nos péchés, et il a ressuscité pour notre justification."

Solutions :

1. Le Christ n'est pas tombé par le péché, et pourtant il est tombé par la mort ; car, si le péché est une chute par rapport à la justice, la mort en est une par rapport à la vie. Aussi peut-on considérer comme dit par le Christ cette parole de Michée (7, 8) : "Ne te réjouis pas à mon sujet, ô mon ennemie, parce que je suis tombé ; car je me relèverai."

De même aussi le corps du Christ ne s'est pas dissous comme s'il avait été réduit en poussière ; cependant on peut appeler dissolution la séparation de l'âme et du corps.

2. La divinité était unie à la chair du Christ, après sa mort, d'une union personnelle ; elle ne l'était pas d'une union de nature, selon laquelle l'âme est unie au corps comme une forme afin de constituer la nature humaine. Voilà pourquoi, en s'unissant de nouveau à l'âme, le corps du Christ a été promu a un état plus élevé dans l'ordre de la nature, mais non pas plus élevé dans l'ordre de la personne.

3. La passion du Christ a accompli notre salut, à proprement parler, en écartant les maux qui s'y opposaient ; mais la résurrection l'a accompli en ouvrant la série des biens dont elle est le modèle.