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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — La cause de la résurrection du Christ

Objections :

1. Lorsque l'on est ressuscité par un autre, on ne saurait être la cause de sa résurrection. Or le Christ a été ressuscité par Dieu, dit saint Pierre (Ac 2, 24) : "Dieu l'a ressuscité, brisant les douleurs de l'enfer." Et saint Paul (Rm 8, 11) : "Dieu qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à nos corps mortels."

2. On ne mérite pas et on ne demande pas à un autre ce dont on est soi-même la cause. Or, par sa passion, le Christ a mérité sa résurrection ; comme dit saint Augustin, "l'humilité de la Passion mérite la gloire de la Résurrection". Lui-même a demandé aussi à son Père de le ressusciter : "Toi, Seigneur, s'écrie le Psalmiste (41, 11), aie pitié de moi et ressuscite-moi." Il n'a donc pas été cause de sa résurrection.

Cependant :

Le Seigneur dit (Jn 10, 17) : "Personne ne m’enlève la vie ; mais moi-même je la dépose et de nouveau je la prends." Or, ressusciter n’est pas autre chose que prendre de nouveau sa vie. Il semble donc que le Christ a ressuscité par sa propre vertu.

Conclusion :

On l'a déjà noté, la mort n'a séparé la divinité ni de l'âme du Christ, ni de son corps. L'âme du Christ mort, aussi bien que son corps, peut donc être considérée à un double point de vue : ou au titre de la divinité, ou au titre de la nature créée elle-même. Au titre de la divinité qui lui était unie, le corps du Christ a repris l'âme qu'il avait déposée et son âme a repris le corps qu'elle avait quittée. Et c'est ce que saint Paul (2 Co 13, 4) déclare du Christ : "S'il a été crucifié en raison de l'infirmité de sa chair, le Christ vit par la vertu de Dieu."

Mais si nous considérons le corps et l'âme du Christ mort selon la vertu de la nature créée, ils ne pouvaient pas se réunir l'un à l'autre, mais il a fallu que le Christ soit ressuscité par Dieu.

Solutions :

1. La vertu divine du Père et du Fils et leur action sont les mêmes ; ces deux propositions s'impliquent l'une l'autre, que le Christ ait été ressuscité par la vertu du Père, ou qu'il ait ressuscité par sa propre vertu.

2. C'est comme homme et non comme Dieu que le Christ a demandé par la prière et mérité sa résurrection.

3. Selon sa nature créée, le corps n'est pas plus puissant que l'âme du Christ ; il l'est pourtant selon la vertu divine. L'âme, à son tour, selon son union à la divinité, est plus puissante que le corps selon sa nature créée. Voilà pourquoi le corps et l'âme se sont repris mutuellement l'un l'autre selon la vertu divine, mais non selon la vertu de la nature créée.