Article 2 — La résurrection du Christ est-elle la cause de notre justification ?
Objections :
1. D'après saint Augustin : "Les corps ressuscitent par l'économie humaine du Christ, mais les âmes ressuscitent par la substance de Dieu". Or, la résurrection du Christ ne concerne pas la substance de Dieu, mais relève de l'économie humaine. La résurrection du Christ, tout en étant la cause de la résurrection des corps, ne semble donc pas être la cause de la résurrection des âmes.
2. Le corps ne peut agir sur l'esprit. Or, la résurrection du Christ regarde son corps abattu par la mort. La résurrection du Christ n'est donc pas la cause de la résurrection des âmes.
3. Parce que la résurrection du Christ est la cause de la résurrection des corps, "tous les corps, ressusciteront", selon saint Paul (1 Co 15, 51) : "Tous, nous ressusciterons." Mais les âmes de tous les hommes ne ressusciteront pas, car certains "iront au supplice éternel" (Mt 25, 46). La résurrection du Christ n'est donc pas la cause de la résurrection des âmes.
4. La résurrection des âmes se fait par la rémission des péchés. Or, c'est là l'effet de la passion du Christ, d'après l'Apocalypse (1, 5) : "Il nous a lavés de nos péchés dans son sang." Donc c'est la passion du Christ qui est la cause de la résurrection des âmes, bien plus que sa résurrection.
Cependant :
L'Apôtre écrit (Rm 4, 25) : "Le Christ est ressuscité pour notre justification", et la justification n'est rien d'autre que la résurrection des âmes. Et sur ce texte du Psaume (30, 6) : "Vers le soir, il y aura des pleurs", la Glose écrit : "La résurrection du Christ est la cause de notre résurrection : celle de notre âme dans la vie présente, celle de notre corps dans l'avenir."
Conclusion :
On vient de le voir la résurrection du Christ agit par la vertu de la divinité. Cette vertu s'étend non seulement à la résurrection des corps, mais aussi à la résurrection des âmes ; car c'est Dieu qui fait que l'âme vit par la grâce et que le corps vit par l'âme. C'est pourquoi la résurrection du Christ possède, d'une manière instrumentale, une vertu efficiente, non seulement pour la résurrection des corps, mais aussi pour la résurrection des âmes.
Pareillement, elle est aussi cause exemplaire par rapport à la résurrection des âmes, car nous devons aussi être conformes par notre âme au Christ ressuscité, selon saint Paul (Rm 6, 4) : "Le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père ; de même, nous aussi, nous devons marcher dans une vie nouvelle. Ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; de même, nous aussi, nous devons nous considérer comme morts au péché, afin que, de nouveau, nous vivions par lui."
Solutions :
1. Lorsque saint Augustin écrit que la résurrection des âmes se fait par la substance de Dieu, il faut l'entendre d'une participation ; les âmes deviennent, en effet, bonnes et justes, en participant de la bonté divine, et non pas en participant d'une créature quelconque. Aussi, après avoir dit : "Les âmes ressuscitent par la substance de Dieu", saint Augustin ajoute-t-il : "L'âme devient bienheureuse en participant de Dieu, mais non en participant d'une âme sainte." Quant à nos corps, ils deviennent glorieux en participant de la gloire du corps du Christ.
2. La causalité efficiente de la résurrection du Christ atteint les âmes, non pas par la vertu propre du corps ressuscité lui-même, mais par la vertu de la divinité, à laquelle il est personnellement uni.
3. La résurrection des âmes ressortit au mérite, et le mérite est un effet de la justification ; mais la résurrection des corps est ordonnée à la peine ou à la récompense, qui sont l'effet de la sentence du juge. Or, il appartient au Christ non de justifier tous les hommes, mais de les juger tous. C'est pourquoi, s'il ressuscite tous les corps, il ne ressuscite pas toutes les âmes.
4. Deux facteurs concourent à la justification des âmes : la rémission de la faute et la nouveauté de vie par la grâce. Quant à la causalité efficiente, qui vient de la vertu divine, la passion du Christ, et aussi sa résurrection, sont causes de la justification sous ses deux aspects. Mais au point de vue de la causalité exemplaire, la passion et la mort du Christ sont la cause propre de la rémission de la faute qui nous fait mourir au péché ; et la résurrection du Christ est la cause d'une vie nouvelle ; car cette vie nouvelle s'exerce par la grâce ou la justice. Aussi saint Paul écrit-il (Rm 4, 25) que le Christ "a été livré" à la mort pour enlever "nos péchés ; et qu'il est ressuscité pour notre justification". Mais la passion du Christ est aussi cause méritoire, nous l'avons dit.