Article 2 — Selon quelle nature convenait-il au Christ de monter au Ciel ?
Objections :
1. On lit dans le Psaume (47, 6) : "Dieu monte au milieu des acclamations", et dans le Deutéronome (33, 26) : "Il chevauche les cieux pour te secourir." Or, ces paroles sont appliquées à Dieu avant même l'incarnation du Christ. Il convenait donc au Christ de monter au Ciel en tant que Dieu.
2. Celui qui monte au Ciel est celui-là même qui en est descendu, selon cette parole (Jn 3, 13) : "Personne ne monte au Ciel, sinon celui qui en est descendu", et selon saint Paul (Ep 4, 10) : "Celui qui est descendu, c'est celui-là même qui monte." Or, le Christ est descendu du Ciel non comme homme, mais comme Dieu. C'est donc en tant que Dieu qu'il y est monté.
3. Par son ascension, le Christ monte vers le Père. Or, ce n'est pas comme homme qu'il est parvenu à l'égalité avec le Père ; il dit en effet (Jn 14, 28) : "Le Père est plus grand que moi." Il semble donc que le Christ est monté au Ciel en tant que Dieu.
Cependant :
Sur l'épître aux Éphésiens (4, 9) : "Que signifie : Il est monté, sinon qu'il était d'abord descendu", la Glose remarque : "Il est évident que c'est selon son humanité que le Christ est monté et descendu."
Conclusion :
L'expression "en tant que" peut servir à désigner deux choses : soit la condition de celui qui monte, soit la cause de l'ascension.
- 1° Si elle désigne la condition de celui qui monte, le fait de monter ne peut convenir au Christ selon la condition de la nature divine. Tout d'abord, parce que rien, où l'on puisse monter, n'est plus élevé que la divinité. Ensuite, parce que l'ascension est un mouvement local, lequel ne convient pas à la nature divine, qui est immobile et n'a pas de lieu. Mais de cette manière au contraire l'ascension convient au Christ en tant qu'homme, car la nature humaine est contenue dans un lieu et peut être soumise au mouvement. Voilà pourquoi, dans ce sens, on peut dire que le Christ est monté au Ciel en tant qu'homme, mais non en tant que Dieu.
- 2° Par contre, si l'expression "en tant que" désigne la cause de l'ascension, le Christ étant aussi monté au Ciel par la vertu de sa divinité, mais non par celle de sa nature humaine, il faut dire que le Christ est monté au Ciel non en tant qu'homme, mais en tant que Dieu. Aussi saint Augustin écrit-il : "C'est par ce qu'il tenait de nous que le Fils de Dieu a été suspendu à la croix, mais c'est par ce qu'il tenait de lui qu'il est monté aux Cieux."
Solutions :
1. Les témoignages invoqués s'appliquent prophétiquement à Dieu, en tant qu'il devait s'incarner. Toutefois, on peut dire que si le fait de monter n'appartient pas en propre à Dieu, cela peut du moins lui convenir par métaphore. On dit en effet que Dieu "monte dans le coeur de l'homme" lorsque ce coeur se soumet à Dieu et s'humilie devant lui. Ainsi dit-on métaphoriquement de Dieu qu'il s'élève au-dessus d'une créature lorsqu'il se la soumet.
2. Celui qui monte au Ciel est celui-là même qui en descend. Saint Augustin écrit en effet : "Qui est celui qui descend ? L'Homme-Dieu. Qui est celui qui monte ? Le même Homme-Dieu."
Toutefois deux sortes de descentes sont attribuées au Christ.
- L'une par laquelle il est descendu du Ciel. On l'attribue à l'Homme-Dieu en tant que Dieu. Cette descente est à entendre, non selon un mouvement local, mais selon "l'anéantissement par lequel, étant dans la forme de Dieu, il a pris celle d'un esclave" (Ph 2, 7). Il s'est anéanti, non pas en perdant sa plénitude, mais en prenant notre petitesse. Pareillement, on dit qu'il est descendu du Ciel, non parce qu'il a quitté le Ciel, mais parce qu'il a pris une nature terrestre dans l'unité de sa personne.
- L'autre descente est celle par laquelle, "il est descendu dans les parties inférieures de la terre" (Ep 4, 9). Il s'agit ici d'une descente locale. Elle convient donc au Christ en tant qu'homme.
3. On dit que le Christ est monté vers son Père pour autant qu'il est monté s'asseoir à sa droite. Or, cela convient au Christ et selon sa nature divine, et selon sa nature humaine, ainsi qu'on l'exposera dans la question suivante.