Article 1 — Qu'est-ce que le baptême ? Est-ce une ablution ?
Objections :
1. L'ablution du corps passe et le baptême demeure. Donc le baptême n'est pas l'ablution elle-même, mais plutôt, comme dit saint Jean Damascène, "une régénération, un sceau, une sauvegarde, une illumination".
2. Hugues de Saint-Victor dit que "le baptême c'est l'eau sanctifiée par la parole de Dieu pour laver nos fautes". Mais l'eau n'est pas l'ablution elle-même, c'est plutôt l'ablution qui est l'usage qu'on fait de l'eau.
3. Saint Augustin dit : "La parole s'ajoute à l'élément pour faire le sacrement." Or ici l'élément c'est l'eau ; le baptême est donc l'eau elle-même, et non pas l'ablution.
Cependant :
Il est écrit (Si 34, 25) : "Celui qui se lave après avoir touché un mort et de nouveau le touche, que lui sert son ablution ?" Il semble donc que le baptême soit l'ablution elle-même.
Conclusion :
Dans le baptême, trois choses sont à considérer : ce qui est seulement "signe" (sacramentum tantum), ce qui est à la fois "réalité et signe" (res et sacramentum) ; ce qui est seulement "réalité" (res tantum).
- 1° Ce qui n'est que "sacrement", est quelque chose de visible et d'extérieur, signe d'un effet intérieur : c'est bien cela qui constitue le sacrement. Or ici, ce qui se présente aux sens, c'est l'eau elle-même, et l'usage qu'on en fait, c'est-à-dire l'ablution. C'est pourquoi certains ont pris l'eau elle-même pour le sacrement. Tel semble être le sens des mots d'Hugues de Saint-Victor qui définit tout sacrement : "un élément matériel", et le baptême : "de l'eau".
Mais cela n'est pas vrai. Puisque les sacrements de la loi nouvelle opèrent une certaine sanctification, le sacrement se réalise là où se réalise cette sanctification. Or ce n'est pas dans l'eau que se réalise cette sanctification ; l'eau ne possède qu'une vertu sanctifiante instrumentale, qui n'est pas permanente, mais qui s'écoule dans l'homme, sujet de la sanctification proprement dite. Ce n'est donc pas dans l'eau que s'accomplit le sacrement, mais dans l'application de cette eau à l'homme, c'est-à-dire dans l'ablution. Aussi le Maître des Sentences dit-il que "le baptême est une ablution extérieure du corps, accomplie avec les paroles prescrites".
- 2° Quant à ce qui est à la fois "réalité et sacrement", c'est le caractère baptismal : réalité signifiée par l'ablution extérieure, et par là même signe sacramentel de la justification intérieure. Celle-ci dans ce sacrement, est seulement réalité signifiée et non point signe.
Solutions :
1. Ce qui est "réalité et sacrement" est le caractère ; et ce qui est "réalité seulement" : la justification intérieure, sont deux effets permanents ; mais si le caractère demeure et ne peut être effacé, la justification intérieure demeure et peut se perdre. Saint Jean Damascène a donc défini le baptême non quant à son élément extérieur, qui est sacrement seulement, mais quant à son effet intérieur.
- Deux des définitions qu'il a données s'appliquent au caractère : le "sceau" et la "sauvegarde", parce que de soi le caractère, qu'on appelle aussi "sceau", garde l'âme dans le bien.
- Deux autres définitions s'appliquent à la réalité ultime du sacrement : elle est une "régénération", en ce que par le baptême l'homme commence la vie nouvelle de la justice ; et une "illumination" : ce qui s'entend spécialement de la foi par laquelle l'homme reçoit la vie spirituelle, selon le mot d'Habacuc (2, 4) : "Le juste vit de la foi." Or le baptême est une profession de foi : c'est pourquoi on l'appelle "sacrement de la foi".
De même saint Denys le pseudo-aréopagite défini le baptême par rapport aux autres sacrements, quand il dit qu'il est "comme le principe des plus saintes prescriptions de l'action sacrée, qui donne à notre âme les dispositions capables de les recevoir". Et par rapport à la gloire céleste, qui est la fin générale de tous les sacrements, quand il ajoute que le baptême ouvre le chemin qui nous fait monter jusqu'au repos du Ciel. Et encore par rapport au principe de la vie spirituelle, quand il l'appelle "la transmission de notre sacrée et très divine régénération".
2. Nous venons de le dire : il n'est pas nécessaire de suivre sur ce point l'opinion d'Hugues de Saint-Victor. - On peut cependant l'entendre correctement en disant que le baptême est l'eau, parce que l'eau est le principe matériel du baptême. Ce serait alors définir le baptême par sa cause.
3. Si l'union de la parole à l'élément sensible constitue le sacrement, celui-ci se réalise non pas dans l'élément lui-même, mais dans l'homme à qui l'on applique cet élément sous forme d'ablution. Et c'est ce que signifient les paroles qui s'ajoutent à l'élément : "Je te baptise, etc."