Article 5 — Faut-il imposer des oeuvres satisfactoires aux pécheurs qu'on a baptisés ?
Objections :
1. Il appartient à la justice divine de punir tout péché : "Toutes les actions, Dieu les citera en jugement" (Qo 12, 14). Mais on impose des oeuvres satisfactoires aux pécheurs en punition de leurs fautes passées. Il semble donc qu'il faut imposer des oeuvres satisfactoires aux pécheurs qui reçoivent le baptême.
2. Les oeuvres satisfactoires exercent à la justice les pécheurs nouvellement convertis, et leur évitent les occasions de rechute, car "la satisfaction supprime les causes du péché et ne laisse pas entrer le péché". Mais cela est extrêmement nécessaire aux nouveaux baptisés. Il semble donc qu'il faut leur imposer des oeuvres satisfactoires.
3. Il n'est pas moins nécessaire de satisfaire à Dieu qu'aux hommes. Si les nouveaux baptisés ont causé quelque dommage à leur prochain, on doit leur enjoindre de le réparer. Donc il faut aussi leur enjoindre de satisfaire envers Dieu par des oeuvres de pénitence.
Cependant :
Sur ce texte (Rm 11, 29) "Les dons de Dieu et son appel sont sans repentance", saint Ambroise de Milan dit : "La grâce de Dieu ne demande dans le baptême ni gémissements ni lamentations, ni une oeuvre quelconque, mais la foi seule, et elle pardonne tout gratuitement."
Conclusion :
L'Apôtre dit aux Romains (6, 3) : "Nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ; nous avons été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort." Ainsi par le baptême l'homme est incorporé à la mort même du Christ. Or, d'après ce qui a été dit plus haut, il est clair que la mort du Christ a satisfait suffisamment pour les péchés, "non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier" (1 Jn 2, 2). Par conséquent, à celui qui est baptisé, quelles que soient ses fautes, on ne doit imposer aucune satisfaction, car ce serait faire injure à la passion et à la mort du Christ, comme si elles ne suffisaient pas à satisfaire pleinement pour les péchés des baptisés.
Solutions :
1. Saint Augustin dit : "L'effet du baptême est d'incorporer les baptisés au Christ comme ses membres." Donc la peine même du Christ a satisfait pour les péchés des baptisés, comme la peine d'un membre peut satisfaire pour le péché d'un autre membre. Aussi Isaïe dit-il (53, 4) : "Il a vraiment porté nos maladies, il s'est chargé de nos iniquités."
2. Les néophytes doivent être exercés à pratiquer la justice, mais par des oeuvres faciles, et non par des oeuvres douloureuses, "pour les conduire comme par le lait d'un exercice facile jusqu'à une haute perfection", dit la Glose sur le Psaume (131, 2) : "comme un enfant sevré près de sa mère...". Aussi le Seigneur exempta de jeûner ses disciples récemment convertis (Mt 9, 14). Et c'est ce que dit saint Pierre (1 P 2, 2) : "Comme des nouveau-nés désirez le lait, pour qu'il vous fasse grandir pour le salut."
3. Restituer le bien mal acquis, et réparer les torts commis envers le prochain, c'est abandonner le péché, puisque c'est un péché de retenir le bien d'autrui et de ne pas se réconcilier avec le prochain. C'est pourquoi il faut enjoindre aux nouveaux baptisés de réparer envers le prochain, comme on leur enjoint d'abandonner le péché. Mais il n'y a pas à leur imposer une peine quelconque pour les péchés passés.