Article 6 — La confession des péchés est-elle requise ?
Objections :
1. On lit en saint Matthieu (3, 6) que "beaucoup de gens étaient baptisés par Jean dans le Jourdain, confessant leurs péchés". Il semble donc qu'à plus forte raison ceux qui se font baptiser du baptême du Christ doivent confesser leurs péchés.
2. On lit dans les Proverbes (28, 13) : "Celui qui cache ses fautes ne prospérera pas ; mais celui qui les avoue et les quitte, obtiendra miséricorde." Mais on se fait baptiser pour obtenir le pardon de ses péchés. Donc ceux qui se font baptiser doivent confesser leurs péchés.
3. La pénitence est requise avant le baptême, suivant cette parole des Actes (2, 38) : "Faites pénitence et que chacun de vous se fasse baptiser." Mais la confession est une partie de la pénitence. Il semble donc qu'elle est requise avant le baptême.
Cependant :
C'est avec des larmes que nous devons confesser nos péchés : "Il faut repasser dans son coeur toute cette multiplicité de péchés et les pleurer", dit saint Augustin. Mais saint Ambroise de Milan dit que "la grâce de Dieu ne demande dans le baptême ni gémissements ni lamentations". Ceux qui vont être baptisés ne doivent donc pas confesser leurs péchés.
Conclusion :
Il y a deux façons de confesser ses péchés :
- 1° L'une est intérieure et s'adresse à Dieu. Celle-là est requise avant le baptême : l'homme doit se souvenir de ses péchés et les regretter, "car personne, dit saint Augustin, ne peut commencer une vie nouvelle s'il ne se repent de l'ancienne".
- 2° L'autre confession est extérieure et se fait au prêtre. Celle-là n'est pas requise avant le baptême. D'abord parce que cette confession, qui s'adresse à la personne du ministre, appartient au sacrement de pénitence, qui n'est pas exigé avant le baptême, "porte de tous les sacrements".
- Puis cette confession extérieure se fait au prêtre pour qu'il absolve le pénitent de ses péchés et lui impose des oeuvres satisfactoires ; mais, on l'a dit ci-dessus, il ne faut pas en imposer aux baptisés.
- Enfin, cette confession détaillée faite à un homme a quelque chose de pénible, à cause de la honte qu'on a de s'accuser. Et il ne faut imposer au baptisé aucune peine extérieure.
Par conséquent, on ne demande pas aux baptisés une confession détaillée de leurs péchés ; mais il suffit de la confession générale qu'ils font quand, selon le rite de l'Église, ils renoncent à Satan et à toutes ses oeuvres. Aussi la Glose dit-elle que le baptême de Jean donne aux catéchumènes l'exemple de confesser leurs péchés et de promettre une vie meilleure.
Pourtant si, par dévotion, certains voulaient confesser leurs péchés, il faudrait entendre leur confession, non pas pour leur imposer une pénitence, mais pour leur donner, contre leurs fautes coutumières, une formation à la vie spirituelle.
Solutions :
1. Le baptême de Jean ne remettait pas les péchés, mais c'était un baptême de repentance. C'est pourquoi ceux qui venaient le recevoir faisaient bien de confesser leurs péchés, pour recevoir une pénitence proportionnée. Mais le baptême du Christ, dit saint Ambroise de Milan, ne comporte pas de pénitence extérieure. Le cas n'est donc pas le même.
2. L'aveu intérieur fait à Dieu, et même la confession extérieure générale suffisent pour que les baptisés puissent être mis dans la voie droite et obtenir miséricorde. Mais, nous l'avons dit, une confession extérieure détaillée n'est pas requise.
3. La confession est une partie de la pénitence sacramentelle, laquelle, nous venons de le dire, n'est pas requise avant le baptême ; mais ce qui est requis c'est la vertu de la pénitence intérieure.