Article 7 — Le baptême ouvre-t-il aux baptisés la porte du royaume des Cieux ?
Objections :
1. Ce qui est déjà ouvert n'a pas besoin de l'être à nouveau. Or la porte du royaume des Cieux a été ouverte par la passion du Christ : "Après cela, je vis une porte grande ouverte dans les Cieux" (Ap 4, 1). Ce n'est donc pas l'effet du baptême, de nous ouvrir la porte du royaume des Cieux.
2. Le baptême possède son efficacité depuis son institution. Or certains ont été baptisés du baptême du Christ avant la Passion, et ceux-là, s'ils étaient morts, n'auraient pas trouvé le ciel ouvert, puisque personne n'y entra avant le Christ, suivant le mot de Michée (2, 13) : "Il est monté en leur ouvrant la route." Ce n'est donc pas l'effet du baptême d'ouvrir la porte des Cieux.
3. Les baptisés restent encore sujets à la mort et aux autres peines de la vie présente, comme on l'a dit plus haut. Mais l'entrée du royaume des Cieux n'est pas ouverte à celui qui est encore soumis à un châtiment, comme c'est le cas de ceux qui sont en purgatoire. Ce n'est donc pas un effet du baptême d'ouvrir la porte du royaume des Cieux.
Cependant :
Sur ce mot de saint Luc (3, 21) : "Les cieux s'ouvrirent", la Glose dit : "Ceci nous montre la puissance du baptême : la porte des cieux s'ouvre pour quiconque sort du baptême."
Conclusion :
Ouvrir la porte des Cieux, c'est enlever l'obstacle qui empêche d'y entrer. Cet obstacle, c'est la faute et la peine qui lui est due. Or on a montré que le baptême remet absolument tous les péchés, et toutes les peines. Par conséquent, il a pour effet d'ouvrir le royaume des Cieux.
Solutions :
1. Le baptême ouvre au baptisé la porte du royaume des Cieux parce qu'il l'incorpore à la passion du Christ et lui en applique la vertu.
2. Quand la passion du Christ n'était pas encore accomplie en réalité, mais n'existait que dans la foi des croyants, le baptême, de la même façon, ouvrait la porte du Ciel, non en réalité, mais en espérance. Les baptisés qui mouraient alors attendaient avec une espérance certaine l'entrée au royaume des Cieux.
3. Si le baptisé reste sujet à la mort et aux peines de la vie présente, c'est à cause, non de sa culpabilité personnelle, mais de l'état de la nature. Aussi rien ne l'empêche d'entrer dans le royaume des Cieux quand la mort sépare l'âme de son corps : par là il a payé sa dette à la nature.