Article 9 — La "fiction" empêche-t-elle l'effet du baptême ?
Objections :
1. L'Apôtre affirme (Ga 3, 27) : "Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ." Or tous ceux qui reçoivent le baptême du Christ sont baptisés dans le Christ. Donc tous revêtent le Christ. Et c'est là recevoir le fruit du baptême. Ainsi la fiction n'empêche pas l'effet du baptême.
2. La puissance divine, qui agit dans le baptême, est capable de tourner vers le bien la volonté humaine. Mais l'effet d'une cause efficiente ne peut être empêché par cela même qu'elle peut supprimer. La fiction ne peut donc empêcher l'effet du baptême.
3. L'effet du baptême est la grâce, à laquelle s'oppose le péché. Mais il y a beaucoup d'autres péchés plus graves que la fiction, dont on ne dit pourtant pas qu'ils empêchent l'effet du baptême. Donc la fiction n'empêche pas non plus l'effet du baptême.
Cependant :
On lit dans la Sagesse (1, 5) : "L'Esprit Saint qui nous éduque, fuit le simulateur (fictum) : "Mais l'effet du baptême vient de l'Esprit Saint. La fiction empêche donc l'effet du baptême.
Conclusion :
Comme dit saint Jean Damascène : "Dieu ne force pas l'homme à la justice." Aussi, pour que le baptême justifie un homme, il faut que sa volonté embrasse et le baptême et ses effets ; et l'on parlera de "fiction" quand cette volonté s'oppose au baptême ou à ses effets. Selon saint Augustin, on peut parler aussi de fiction de quatre manières :
- D'abord quand le baptisé n'a pas la foi, alors que le baptême est "le sacrement de la foi" ;
- Puis quand il méprise le sacrement lui-même ;
- Puis quand il célèbre ce sacrement sans observer les rites de l'Église ;
- Enfin quand il s'y présente sans dévotion.
Il est donc évident que la fiction empêche l'effet du baptême.
Solutions :
1. "Être baptisé dans le Christ peut s'entendre de deux façons :
- "Dans le Christ" veut dire "en conformité avec le Christ". Alors, tous ceux qui sont baptisés dans le Christ, se conformant à lui par la foi et la charité, revêtent le Christ par la grâce.
- Dans un autre sens on dira que quelqu'un est baptisé dans le Christ s'il reçoit le sacrement du Christ. Et ainsi tous les baptisés le revêtent en étant configurés à lui par le caractère, mais non de cette conformité qui vient de la grâce.
2. Quand Dieu change la volonté de l'homme en la faisant passer du mal au bien, l'homme ne vient pas au baptême avec fiction. Mais Dieu ne le fait pas toujours et le sacrement n'a pas pour but de transformer la fiction en sincérité, mais de justifier celui qui se présente sans aucune fiction.
3. On appelle fictus (simulateur) celui qui exprime une intention qu'il n'a pas. Or celui qui vient au baptême montre par là même qu'il a la vraie foi au Christ, qu'il respecte le sacrement, qu'il veut se conformer à l'Église, et sortir du péché. Aussi, quel que soit le péché auquel on veut rester attaché tout en s'approchant du baptême, c'est s'en approcher avec fiction, c'est-à-dire sans dévotion. Cela s'entend du péché mortel, qui est contraire à la grâce, mais non du péché véniel. C'est ainsi que le mot de "fiction" englobe n'importe quel péché.