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Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 4 — Le péché véniel peut-il être remis sans que le péché mortel le soit ?

Objections :

1. Au sujet de cette parole (Jn 8, 7) : "Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre", la Glose nous dit : "Tous ces gens étaient en état de péché mortel, car les véniels leur étaient remis par les cérémonies rituelles." C'est donc que le péché véniel peut être remis sans que le péché mortel le soit.

2. La rémission du péché véniel n'exige pas l'infusion de grâce requise pour la rémission du péché mortel. Elle peut donc être obtenue sans que le péché mortel soit remis.

3. Le péché véniel est moralement bien plus éloigné du péché mortel que de tout autre péché véniel. Or un péché véniel, on l'a dit plus haut, peut être remis indépendamment d'un autre, donc indépendamment aussi du péché mortel.

Cependant :

Voici ce que dit le Seigneur (Mt 5, 25) : "Amen, je te le dis, tu ne sortiras pas de là" c'est-à-dire de la prison dans laquelle on est jeté à cause du péché mortel, "jusqu'à ce que tu aies payé jusqu'au dernier sou", symbole du péché véniel. Le péché véniel n'est donc pas remis sans que le péché mortel le soit.

Conclusion :

Nous l'avons dit plus haut, la rémission d'un péché quelconque ne se fait jamais qu'en vertu de la grâce, parce que, selon saint Paul (Rm 4, 2) : "C'est la grâce de Dieu qui fait que le péché d'un homme ne lui est plus imputé par Dieu", et c'est au péché véniel que la Glose applique ces paroles de saint Paul. Or celui qui est en état de péché mortel n'a pas la grâce de Dieu, donc aucun péché véniel ne lui est remis.

Solutions :

1. Les fautes vénielles dont il est question dans cette glose ne sont que des irrégularités ou impuretés légales de l'ancienne loi.

2. Bien que la rémission du péché véniel n'exige pas de nouvelle infusion de grâce, elle exige une activité de la grâce qui ne peut se trouver chez celui qui est en état de péché mortel.

3. Le péché véniel n'exclut pas complètement toute activité de la grâce par laquelle tout péché véniel puisse être remis, tandis que le péché mortel exclut totalement la grâce habituelle, sans laquelle aucun péché, mortel ou véniel, ne peut être pardonné. Donc la comparaison ne porte pas.