TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 1 — Les oeuvres satisfactoires doivent-elles être pénales ?

Objections :

1. Il semble que la satisfaction ne doive pas se faire par des oeuvres pénales. La satisfaction doit être une compensation pour l’offense de Dieu. Or il semble qu’il n’y ait aucune compensation dans des oeuvres pénales, "Dieu ne se délectant pas dans nos peines", comme on le dit dans le livre de Tobie (3, 22). Les oeuvres satisfactoires ne doivent donc pas être pénales.

2. Plus une oeuvre procède de la charité, moins elle est pénale, puisque la charité exclut la peine, comme le dit saint Jean (4, 18). Si donc il fallait que les oeuvres satisfactoires fussent pénales, plus elles procéderaient de la charité, moins elles seraient pénales, ce qui est faux.

3. Satisfaire, c’est, au dire de saint Anselme, "rendre à Dieu son dû d’honneur", mais cela peut se faire autrement que par des oeuvres pénales. C’est donc que la satisfaction ne requiert pas des oeuvres pénales.

Cependant :

1. Saint Grégoire le Grand nous dit : "Il est juste que le pécheur s’inflige, par la pénitence, d’autant plus de peine qu’il s’est fait, par sa faute, de plus grands dommages".

2. D’ailleurs la satisfaction doit guérir parfaitement la blessure du péché. Or les remèdes aux péchés sont des peines, comme le dit le Philosophe (Aristote, Ethiques 2, 3). Il faut donc que la satisfaction se fasse par des oeuvres pénales.

Conclusion :

La satisfaction regarde à la fois l’offense passée, pour laquelle elle offre compensation et les fautes possibles de l’avenir dont elle nous préserve. A ce double titre, elle requiert des oeuvres pénales.

La compensation d’une offense implique une égalisation à établir entre l’offensant et l’offensé. En matière de justice humaine, cette égalisation s’obtient par la soustraction d’un bienfait à celui qui a plus que son dû, au profit de celui auquel l’offense avait enlevé quelque chose. Or, quoique du côté de Dieu, rien du bien divin ne puisse être enlevé, le pécheur Cependant, comme nous l’avons dit, s’efforce, autant qu’il est en son pouvoir, d’enlever quelque chose à Dieu. Il faut donc, pour qu’il y ait compensation, que la satisfaction enlève quelque chose au pécheur, au profit de l’honneur de Dieu. Mais l’oeuvre bonne, en tant qu’oeuvre bonne, n’enlève rien à celui qui la fait ; elle ajoute plutôt à sa perfection ; celui-ci ne peut donc subir une soustraction de bien, pour l’oeuvre bonne, que si cette oeuvre est pénale. Il faut donc, pour qu’une oeuvre soit satisfactoire, qu’elle soit bonne, afin d’honorer Dieu et qu’elle soit pénale afin de soustraire au pécheur quelque bien.

De même l’oeuvre satisfactoire doit être pénale en tant que préservative des fautes futures, car on revient plus difficilement aux péchés pour lesquels on a souffert quelque peine. De là vient, qu’au témoignage du Philosophe, les remèdes aux péchés sont des peines.

Solutions :

1. Bien que Dieu ne se délecte pas dans les peines en tant que peines, il y prend plaisir en tant qu’elles sont justes et peuvent être ainsi satisfactoires.

2. Il en est de la pénalité dans la satisfaction, comme de la difficulté dans le mérite. La diminution de la difficulté, qui tient à l’acte même, toutes choses égales d’ailleurs, diminue le mérite ; mais quand cette diminution tient à la générosité de la volonté qui vient de la charité, au lieu de diminuer le mérite, elle l’augmente. Ainsi en va-t-il de la diminution de la difficulté, quand elle vient de la générosité de la volonté, oeuvre de la charité, elle ne diminue pas l’efficacité de la satisfaction, au contraire elle l’augmente.

3. L’honneur dû pour le péché est la compensation de l’offense qui ne peut se faire sans une peine du pécheur. C’est de ce dû, que doit s’entendre la parole de saint Anselme.