Article 2 — Ce sacrement doit-il être donné en n’importe quelle maladie ?
Objections :
1. Oui, semble-t-il, l’extrême-onction doit être donnée en n’importe quelle maladie, car, là où saint Jacques (5, 14-15) nous parle de ce sacrement, il n’est pas précisé de quelle maladie il s’agit. L’extrême-onction doit donc être donnée à tous les malades.
2. Plus un remède a de dignité, plus il doit être d’application générale. Or l’extrême-onction est plus digne qu’un remède destiné au corps. Puis donc qu’un remède de ce genre se donne à tous les malades, il semble qu’il doit en aller de même pour ce sacrement.
Cependant :
Ce sacrement est appelé par tous "l’extrême-onction". Mais les maladies ne réduisent pas toutes à la dernière extrémité ; il en est même, à en croire Aristote (De la brièveté de la vie, 1), qui allongent la vie. Il ne convient donc pas que ce sacrement soit donné à tous les malades.
Conclusion :
L’extrême-onction est le dernier remède que l’Église puisse donner, et qui dispose en quelque façon immédiatement à la gloire. C’est pourquoi on ne doit la donner qu’aux malades qui sont dans la condition de ceux qui s’en vont de ce monde, atteints qu’ils sont d’une maladie mortelle, et en péril de mort.
Solutions :
1. N’importe quelle maladie, si elle s’aggrave, peut amener la mort. A ne considérer donc que le genre de maladie, on doit admettre que pour toutes on peut donner l’extrême-onction ; c’est pourquoi l’apôtre ne parle d’aucune maladie en particulier. Mais si l’on considère l’intensité de la maladie et l’état du malade, il faut affirmer que l’extrême-onction ne doit pas toujours être donnée aux malades.
2. Un remède corporel a pour principal effet la guérison du corps dont ont besoin tous les malades, en quelque état qu’ils se trouvent. Au lieu que l’extrême-onction a pour principal effet cette guérison particulière qui est nécessaire à ceux qui quittent cette vie et font route vers la gloire. Ce n’est donc pas pareil.