Article 1 — Doit-on donner aussi ce sacrement à ceux qui se portent bien ?
Objections :
1. Oui, semble-t-il, car en ce sacrement la guérison de l’âme est un effet plus important que celle du corps. Or les sains de corps ont aussi besoin d’être guéris en leur âme. Donc on doit leur donner aussi ce sacrement.
2. Ce sacrement est pour ceux qui quittent cette vie, comme le baptême est pour ceux qui y font leur entrée. Or on donne le baptême à tous ceux qui sont en cette dernière condition ; ainsi doit-on donner l’extrême-onction à tous ceux qui sont dans le premier cas. Mais il arrive parfois que ceux qui sont proches de leur fin soient bien portants, par exemple ceux à qui l’on va trancher la tête. Pourquoi ne leur donnerait-on pas l’extrême-onction ?
Cependant :
Saint Jacques (5, 14) a dit : "Quelqu’un parmi vous est-il malade..." : donc ce sacrement ne convient qu’aux malades
Conclusion :
L’extrême-onction, nous l’avons dit, est un certain traitement des maux spirituels qui se trouve signifié par un certain traitement des maux corporels. Par conséquent il n’y a pas lieu de conférer ce sacrement à ceux auxquels cette médication corporelle est sans objet, c’est-à-dire à ceux qui se portent bien
Solutions :
1. Bien que la santé de l’âme soit l’effet principal de ce sacrement, il est nécessaire cependant que la santé spirituelle soit signifiée par un traitement appliqué au corps, même si la guérison corporelle ne doit pas suivre. C’est pourquoi la santé de l’âme ne peut être donnée dans ce sacrement qu’à ceux qui sont dans la condition d’être soignés dans leur corps, c’est-à-dire aux malades. Comme, pareillement, ne peut recevoir le baptême que celui qui est susceptible d’ablution corporelle, ce qui n’est pas le cas pour l’enfant qui est encore dans le sein de sa mère.
2. Le baptême lui aussi n’est que pour ceux qui, entrant dans la vie, peuvent recevoir une ablution en leur corps ; de même l’extrême-onction ne convient qu’à ceux qui, alors qu’ils quittent cette vie, sont dans le cas d’être l’objet d’un traitement médical.