Article 6 — A-t-on fixé convenablement les parties du corps sur lesquelles les onctions doivent être faites ?
Objections :
1. Il ne convenait pas, semble-t-il, que les onctions soient faites au malade sur ces parties, savoir : sur les yeux, les narines, les oreilles, les lèvres, les mains, les pieds, car un médecin avisé soigne le mal dans sa racine. Or c’est "du coeur que sortent les pensées qui souillent l’homme", comme il est dit en saint Matthieu (15, 19-20). L’onction doit donc se faire sur la poitrine.
2. La pureté de l’esprit n’est pas moins nécessaire à ceux qui quittent cette vie qu’à ceux qui y font leur entrée. Or ces derniers sont oints de chrême, par le prêtre, sur le sommet de la tête, en signe de pureté de l’esprit. Donc ceux qui quittent cette vie doivent également être oints, dans ce sacrement, sur le sommet de la tête.
3. On doit appliquer un remède là où le mal a le plus de violence. Or c’est dans les reins que pour les hommes sévissent principalement les maladies de l’âme, comme c’est dans le nombril pour les femmes, suivant cette parole de Job (40, 2) : "Sa puissance est dans ses reins", et à nous en tenir à l’exposition de saint Grégoire. C’est donc là que l’onction doit être faite.
4. Comme on pèche avec les pieds, on pèche aussi avec les autres membres du corps. Si donc des onctions sont faites aux pieds, il doit en être fait également sur les autres membres.
Conclusion :
Les principes du péché en nous sont les mêmes que ceux des actes, car le péché consiste en un acte. Or il y a en nous trois principes d’action l’un qui a pour fonction de diriger, à savoir la puissance cognitive, un deuxième qui commande, la puissance affective, un troisième enfin qui exécute, la puissance motrice. Mais nous savons que toute notre connaissance a son origine dans les sens. Et comme l’onction doit être appliquée là où est en nous l’origine première du péché, c’est en conséquence sur les organes des sens que se font les onctions, c’est-à-dire sur les yeux pour la vue, sur les oreilles pour l’ouïe, sur les narines pour l’odorat, sur la bouche pour le goût, sur les mains pour le tact, lequel a son siège principal dans la chair, des doigts. En rapport avec la puissance appétitive certains pratiquent aussi l’onction des reins, et, pour la puissance motrice, celle des pieds qui sont les principaux organes du mouvement. Comme le premier des principes susdits est la puissance cognitive, l’onction qui est faite sur les cinq sens est observée par tous, comme étant de nécessité du sacrement ; mais il en est qui ne gardent pas les autres, tandis que certains conservent celle des pieds et pas celle des reins ; la raison en est que les puissances appétitives et motrices ne sont que des principes secondaires de nos actes.
Solutions :
1. Les pensées ne sortent du coeur que par l’intermédiaire de certaines imaginations qui sont "des mouvements produits par les sens", comme il est dit au livre De l’Ame. Ce n’est donc pas le coeur, mais les organes des sens, qui sont les racines premières de notre connaissance, à moins qu’on ne considère le coeur comme le principe de tout le corps ; mais c’est là une racine éloignée.
2. Ceux qui entrent en ce monde doivent acquérir la pureté, tandis que ceux qui en sortent ont à lui rendre son éclat ; il convient donc que ces derniers reçoivent les onctions sur les parties du corps d’où les souillures de l’âme ont pu provenir.
3. Quelques-uns pratiquent l’onction des reins parce que c’est en cet endroit du corps que réside surtout l’appétit concupiscible ; mais, comme on l’a remarqué, la puissance appétitive n’est pas la racine première de nos actes.
4. Les membres du corps qui servent d’instrument au péché sont les pieds, les mains et la langue, auxquels déjà l’onction est faite ; ce sont aussi les organes génitaux : mais tant en raison de leur ignominie que de la dignité du sacrement, il ne convient pas d’y faire d’onction.