Article 2 — Le second mariage est-il un sacrement ?
Objections :
1. Il semble que le second mariage ne soit pas un sacrement. En effet, réitérer un sacrement, c’est lui faire injure. Or, on ne doit faire injure à aucun sacrement. Si le second mariage était un sacrement, on ne pourrait donc pas le réitérer.
2. Tout sacrement est accompagné d’une bénédiction. Or, on ne bénit pas les secondes noces, comme le fait remarquer le Maître des Sentences. C’est donc qu’elles ne sont pas un sacrement.
3. Il est essentiel au sacrement d’être signe. Or, dans les secondes noces ne se vérifie pas le symbolisme du mariage, puisqu’il n’y a plus union d’un seul époux avec une seule épouse, à l’image de l’union du Christ avec son Église.
4. Un sacrement ne peut être un obstacle à la réception d’un autre sacrement. Or les secondes noces empêchent la réception des Ordres. C’est donc qu’elles ne sont pas un sacrement.
Cependant :
1. L’acte conjugal n’est pas un péché dans les secondes noces, pas plus que dans les premières. Or, trois biens justifient l’acte du mariage : la fidélité conjugale, l’enfant et le sacrement. Le second mariage est donc bien un sacrement.
2. D’autre part, une seconde union non sacramentelle d’un homme avec une femme ne produit pas l’irrégularité, comme le prouve la fornication. Or, les secondes noces font contracter l’irrégularité. Elles sont donc un sacrement.
Conclusion :
Partout où se trouvent les éléments essentiels d’un sacrement, il y a sacrement véritable. Or, dans les secondes noces on retrouve tout ce qui est essentiel au sacrement de mariage : la matière voulue, c’est-à-dire les personnes aptes à contracter légitimement, et la forme prescrite, c’est-à-dire l’expression du consentement intérieur par des paroles de présent. Par conséquent, le second mariage est bien un sacrement, tout comme le premier
Solutions :
1. L’objection ne vaut que pour les sacrements qui produisent un effet perpétuel, leur réitération laisserait en effet supposer que la première administration n’a pas produit d’effet, ce qui serait faire injure à celle-ci. Cela est manifeste pour tous les sacrements qui impriment un caractère. Quant aux sacrements dont l’effet n’est pas perpétuel, on peut les réitérer sans irrévérence, tel, par exemple, le sacrement de pénitence. Puisque la mort brise le lien conjugal, aucune injure n’est faite au sacrement si la femme se remarie après la mort de son époux.
2. Considéré en lui-même, le second mariage est un sacrement parfait ; mais si on le compare au premier, il y a en lui un défaut de "sacrement". Il n’a, en effet, qu’un symbolisme imparfait, puisqu’il n’est plus l’union d’un seul homme et d’une seule femme, à l’image de l’union du Christ avec son Église.
Cela ne vaut, cependant que si ce mariage est le second pour l’homme et pour la femme, ou pour la femme seulement. Car si une jeune fille se marie avec un veuf, on lui donne la bénédiction nuptiale. Dans ce cas, en effet, la signification est conservée en quelque manière, même si l’on compare ces noces aux premières ; car, si le Christ n’a qu’une seule Église comme épouse, il possède cependant plusieurs épouses dans cette unique Église. L’âme humaine, au contraire, ne peut avoir d’autre époux que le Christ, sinon elle commet la fornication avec le démon, et cette union ne peut être un mariage spirituel. Aussi quand la femme se remarie, on ne donne pas la bénédiction nuptiale, à cause du symbolisme imparfait de ce second mariage
3. Considéré en lui-même, le second mariage jouit de sa signification parfaite, mais il n’en va plus de même si on le compare au premier. Aussi le "sacrement" est-il déficient.
4. Les secondes noces sont un empêchement à la réception de l’Ordre, non parce qu’elles sont un sacrement, mais à cause de leur symbolisme déficient.
Nous avons à examiner maintenant certaines questions annexes au mariage :
- I. Le devoir conjugal ;
- II. La polygamie ;
- III. La bigamie ;
- IV. La lettre de séparation ;
- V. Les enfants illégitimes.