Article 1 — Les secondes noces sont-elles permises ?
Objections :
1. Il semble que non. Il faut, en effet, juger des choses selon la vérité. Or, d’après saint Jean Chrysostome : "Prendre un second mari c’est, en vérité, commettre la fornication". Puisque celle-ci n’est pas permise, les secondes noces ne le sont pas non plus.
2. Tout ce qui n’est pas bon n’est pas permis. Or, saint Ambroise de Milan déclare que les secondes noces ne sont pas bonnes ; elles ne sont donc pas permises.
3. On ne doit interdire à personne d'assister à ce qui est honnête et licite. Or, le Maître des Sentences rappelle qu’il est interdit aux prêtres d’assister aux secondes noces. Elles ne sont donc pas permises.
4. Point de peine sans péché. Or, ceux qui convolent à de secondes noces subissent la peine de l’irrégularité. Ces noces ne sont donc pas permises.
Cependant :
1. L’Écriture rapporte qu’Abraham a contracté un second mariage (Gn 25, 1).
2. Saint Paul nous dit (1 Tim 5, 14), par ailleurs : "Je veux que les jeunes veuves se marient et aient des enfants". Les secondes noces sont donc permises.
Conclusion :
Saint Paul nous enseigne que le lien conjugal ne dure que jusqu’à la mort. Il est donc détruit lorsque l’un des époux vient à mourir. Par conséquent, le mariage précédent n’empêche pas l’époux survivant d’en contracter un second. Dès lors, ce ne sont pas seulement les secondes noces qui sont permises, mais encore les troisièmes, et les suivantes
Solutions :
1. Saint Jean Chrysostome parle du motif qui incite quelquefois à contracter un second mariage, c’est-à-dire de la concupiscence, qui pousse également à commettre la fornication
2. Lorsqu’on dit que les secondes noces ne sont pas bonnes, on ne veut pas dire qu’elles ne sont pas permises, mais simplement qu’elles sont dépourvues de la haute signification qu’avait le premier mariage, et qui consistait en ce qu’une seule épouse appartenait à un seul mari, de même que l’Église n’appartient qu’au Christ.
3. Les hommes consacrés au service divin doivent éviter non seulement ce qui est illicite, mais encore tout ce qui peut avoir une apparence déshonnête. Aussi leur interdit-on d’assister aux secondes noces, qui n’ont plus la même honnêteté que les premières.
4. L’irrégularité ne provient pas toujours d’une faute ; elle peut provenir simplement d’un défaut de "sacrement". La raison invoquée est donc hors de propos.