Article 2 — La confession est-elle un acte de vertu ?
Objections :
1. Il semble que la confession ne soit pas un acte de vertu. Tout acte de vertu est de droit naturel, car "c’est la nature qui nous donne l’aptitude aux vertus" comme dit le Philosophe (Aristote). Or la confession n’est pas de droit naturel. Elle n’est donc pas un acte de vertu.
2. L’acte de vertu convient plus à l’innocent qu’au pécheur. Or cette confession des péchés dont nous parlons ne petit pas convenir à l’innocent. Elle n’est donc pas un acte de vertu.
3. La grâce, qui est dans les sacrements, diffère d'une certaine façon de la grâce qui est dans les vertus et les dons. Or la confession est partie d’un sacrement. Elle n’est donc pas un acte de vertu.
Cependant :
1. Les préceptes de la loi ont pour objet les actes des vertus. Or la confession est objet de précepte. Donc elle est un acte de vertu.
2. D’ailleurs, nous ne méritons que par nos actes de vertu. Or la confession est méritoire, "puisqu’elle ouvre le Ciel" comme dit le texte du Maître. Il semble donc bien qu’elle soit acte de vertu.
Conclusion :
Pour qu’un acte soit dit acte de vertu, il suffit qu’il implique, en ce qui le constitue, quelqu’élément appartenant à la vertu. Or la confession, bien qu’elle n’ait pas tout ce que requiert la vertu implique, en fonction de son nom, la manifestation de ce que nous gardons dans notre conscience, mettant ainsi d’accord la bouche et le coeur. Car si quelqu’un déclare de bouche ce qu’il n’a point dans le coeur, ce n’est plus une confession, mais une fiction. Or c’est bien à la vertu qu’il appartient de faire que quelqu’un confesse de bouche ce qu’il a dans le coeur, La confession est donc quelque chose de génériquement bon, un acte de vertu qui peut cependant devenir pratiquement mauvais, s’il n’est pas revêtu des autres circonstances que requiert l’acte bon.
Solutions :
1. La raison naturelle nous incline en général à faire, de la manière qui convient, comme et quand il le faut, l’aveu de ce que nous devons confesser, et c’est ainsi que la confession est de droit naturel. Mais la détermination des circonstances, du quand et du comment, de ce qu’il faut confesser et de la personne à qui l’aveu doit être fait, tout cela est d’institution de droit divin, dans la confession dont nous parlons. D’où il apparaît que le droit naturel nous incline à la confession, moyennant les déterminations du droit divin, quant aux circonstances. Ainsi en va-t-il de toutes les choses de droit positif.
2. Bien que l’innocent puisse avoir, à l’état de disposition habituelle, cette vertu qui a pour objet l’aveu du péché commis, il ne peut pas en avoir l’acte tant que dure son innocence. Voilà pourquoi cette confession des péchés dont nous parlons, ne convient pas à l’innocent, bien qu’elle soit acte de vertu.
3. Bien que la grâce des sacrements ne soit pas celle des vertus, ces deux sortes de grâces ne sont pas contraires, mais seulement différentes. Il n’y a donc pas d’inconvénient à ce que le même acte soit acte de vertu, en tant qu’il procède du libre arbitre animé par la grâce, et sacrement ou partie du sacrement, en tant qu’il est remède employé contre le péché.