TheoFonsAux sources de la foi

Somme théologique

STH · Thomas d'Aquin · 1274 · FR · 3114 paragraphes · docteurangelique.free.fr ↗

Article 3 — La confession est-elle un acte de la vertu de pénitence ?

Objections :

1. Il semble que la confession ne soit pas un acte de la vertu de pénitence, car un acte relève de la vertu qui en est cause. Or la confession a pour cause l’espérance du pardon, comme nous le montre la définition qui en a été donnée. Il semble donc qu’elle soit un acte d’espérance et non pas un acte de pénitence.

2. La honte relève de la tempérance. Or c’est par la honte que la confession opère son effet, comme on le voit par la définition donnée plus haut. Elle est donc un acte de tempérance et non pas de pénitence.

3. L’acte de pénitence s’appuie surtout sur la divine miséricorde, tandis que la confession s’appuie sur la divine sagesse, à cause de la sincérité qu’elle requiert ; elle n’est donc pas un acte de pénitence.

4. C’est l’article de la foi au jugement qui nous meut à la pénitence, à cause de la crainte d’où vient la pénitence, tandis que c’est l’article de la foi à la vie éternelle qui nous fait aller à confesse, à cause de l’espérance du pardon. La confession n’est donc pas un acte de pénitence.

5. C’est à la vertu de sincérité qu’il appartient de faire que quelqu’un se montre tel qu’il est. Or voilà précisément ce que fait celui qui se confesse. La confession est donc bien un acte de cette vertu qu’on appelle sincérité et non pas de la pénitence.

Cependant :

La pénitence a pour objet la destruction du péché. Or C’est là précisément l’objet de la confession, qui est donc bien un acte de la pénitence.

Conclusion :

En matière de vertu, il faut considérer que dans le cas où, à l’objet d’une vertu, s’ajoute une nouvelle exigence de bien et de difficulté, l’acte requiert une vertu spéciale. C’est ainsi que les grandes dépenses relèvent de la magnificence, tandis que l’ordinaire des dépenses modestes et des dons est gouverné par la libéralité, comme on le voit aux Ier et Vème Livres des Éthiques. De même la confession du vrai, bien qu’elle appartienne complètement à la vertu de sincérité, commence à relever aussi d’une autre vertu, quand s’y ajoute quelque nouvelle raison de bien. Voilà pourquoi le Philosophe (Aristote) dit que la confession faite devant les tribunaux n’appartient pas à la vertu de justice, mais plutôt à celle de sincérité. De même la confession des bienfaits de Dieu, dans les divines louanges, n’appartient pas à la vertu de sincérité, mais à celle qui règle le culte d’adoration. Ainsi en est-il de la confession des péchés faite pour obtenir leur rémission ; elle a pour principe immédiat la vertu de pénitence et non pas celle de sincérité, comme le disent quelques-uns, mais elle peut être commandée par beaucoup de vertus, en tant que l’acte de la confession peut être employé au service de la fin de ces vertus.

Solutions :

1. L’espérance est cause de la confession, non pas comme principe immédiat mais comme cause impérante.

2. La honte n’est pas donnée, dans cette définition, comme une cause de la confession, car, de par son effet naturel, elle est plutôt un obstacle à l’acte de la confession. Mais elle agit comme cause concomitante pour notre libération de la peine du péché, en tant que la honte elle-même est déjà une certaine peine. C’est ainsi que les clefs de l’Église sont, elles aussi, causes concomitantes de la confession, pour ce même effet.

3. C’est en vertu d’une certaine accommodation, que les trois parties de la pénitence sont ainsi appropriées aux trois attributs des personnes divines en sorte que la contrition réponde à la miséricorde et à la bonté, parce qu’elle est douleur du mal ; la confession, à la sagesse, parce qu’elle est manifestation de la vérité ; et la satisfaction, à la puissance, à cause du labeur de cette satisfaction. Et comme la contrition est la première partie de la pénitence donnant aux autres parties leur efficacité, on juge de l’ensemble du sacrement comme de la contrition.

4. Comme la confession procède plus de l’espérance que de la crainte, ainsi qu’on l’a dit, elle s’appuie beaucoup plus sur l’article de la vie éternelle qui donne à l’espérance son objet, que sur l’article du jugement, dont la crainte se préoccupe, bien qu’il faille dire le contraire de la pénitence, à cause de la contrition.

5. La réponse à la cinquième objection se trouve dans l’exposé de la conclusion.