TheoFonsAux sources de la foi

Directoire général pour la catéchèse

DGC · Directoire · Congrégation pour le Clergé · 1997 · FR · 291 paragraphes · vatican.va ↗

La Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu qui annonce le Salut comporte un message de libération. 341Cf. EN 30-35. En annonçant ce Royaume, Jésus s'adressait tout particulièrement aux pauvres: « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » (Lc 6,20-21). Ces béatitudes que Jésus adresse à ceux qui souffrent sont l'annonce eschatologique du salut qu'apporte le Royaume. Elles décrivent les situations déchirantes auxquelles l'Evangile est si sensible: la pauvreté, la faim et la souffrance de l'humanité. La communauté des disciples de Jésus, l'Eglise, partage, aujourd'hui, le sentiment exprimé alors par son Maître. Avec une douleur profonde, elle se tourne vers ces « peuples engagés, avec toute leur énergie, dans l'effort et le combat de dépassement de tout ce qui les condamne à rester en marge de la vie: famines, maladies chroniques, analphabétisme, paupérisme, injustices dans les rapports internationaux,... situations de néo-colonialisme économique et culturel ». 342EN 30. L'Eglise est préoccupée par toutes les formes de pauvreté « non seulement économique, mais aussi culturelle et religieuse ». 343CA 57; cf. CEC 2444. L'Eglise — c'est une dimension importante de sa mission — « a le devoir d'annoncer la libération de millions d'êtres humains, beaucoup d'entre eux étant ses propres enfants; le devoir d'aider cette libération à naître, de témoigner pour elle, de faire qu'elle soit totale ». 344EN 30.

Pour préparer les chrétiens à cette tâche, la catéchèse veillera entre autres aux aspects suivants: – situer le message de libération dans la perspective de « la finalité spécifiquement religieuse de l'évangélisation », 345EN 32; cf. SRS 41 et RM 58. car cette dernière perdrait sa raison d'être « si elle s'écartait de l'axe religieux qui la dirige: le Règne de Dieu, avant toute autre chose, dans son sens pleinement théologique ». 346EN 32. Aussi le message de libération « ne peut se cantonner dans la simple et restreinte dimension économique, politique, sociale ou culturelle, mais elle doit viser l'homme tout entier, dans toutes ses dimensions, y compris dans son ouverture vers l'absolu, même l'Absolu de Dieu »; 347EN 33; cf. LC: cette Instruction est un point de référence obligé pour la catéchèse. – présenter, dans sa tâche d'éducation morale, la morale sociale chrétienne comme une exigence de la justice de Dieu et une conséquence de « la libération radicale opérée par le Christ ». 348LC 71. C'est en effet la Bonne Nouvelle que les chrétiens professent, le cœur plein d'espérance: le Christ a libéré le monde et il continue de le libérer. C'est ici que naît la pratique chrétienne du grand commandement de l'amour; – susciter, dans sa tâche d'initiation à la mission, chez les catéchumènes et les catéchisés, « l'option préférentielle pour les pauvres » 349CA 57; LC 68; cf. SRS 42; CEC 2443-2449. qui, « loin d'être un signe de particularisme ou de sectarisme, manifeste l'universalité de la nature et de la mission de l'Eglise. Cette option n'est pas exclusive », 350LC 68. mais elle comporte « l'engagement en faveur de la justice, selon le rôle, la vocation et les conditions de chacun ». 351SRS 41; cf. LC 77. De son côté, le Synode de 1971 a traité un thème d'importance fondamentale pour la catéchèse: « l'éducation à la justice« : cf. Documents du Synode des évêques, II: De Iustitia in mundo, III: l.c. 835-937. Le caractère ecclésial du message évangélique

La nature ecclésiale de la catéchèse confère au message évangélique qu'elle transmet un caractère intrinsèquement ecclésial. La catéchèse naît de la profession de foi de l'Eglise et mène à la profession de foi du catéchumène et du catéchisé. La première parole officielle que l'Eglise adresse à l'adulte qui va recevoir le Baptême, après avoir appris son nom, est: « Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu? ». Le candidat répond: « La foi ». 352RICA 75; cf. CEC 1253. Le catéchumène sait, en effet, que l'Evangile qu'il a découvert et qu'il désire connaître est vivant dans le cœur des croyants. La catéchèse n'est autre que le processus de transmission de l'Evangile, tel que la communauté chrétienne l'a reçu, le comprend, le célèbre, le vit et le communique de diverses manières. Aussi, lorsque la catéchèse transmet le mystère du Christ, son message retentit de la foi de tout le Peuple de Dieu tout au long de l'histoire: celle des apôtres qui l'ont reçue du Christ lui-même et de l'action de l'Esprit-Saint; celle des martyrs qui l'ont professée et la professent par leur sang; celle des saints qui l'ont vécue et la vivent en profondeur; celle des Pères et des Docteurs de l'Eglise qui l'ont magnifiquement enseignée; celle des missionnaires qui l'annoncent sans cesse; celle des théologiens qui aident à la mieux comprendre; celle des pasteurs, enfin, qui la conservent avec zèle et amour et l'interprètent avec authenticité. En vérité, la foi de tous ceux qui croient et qui se laissent guider par l'Esprit-Saint est présente dans la catéchèse.

Cette foi, transmise par la communauté ecclésiale, est unique. Bien que les disciples de Jésus-Christ forment une communauté répandue dans le monde entier, bien que la catéchèse transmette la foi en des langages culturels très différents, on n'annonce qu'un seul Evangile, on ne professe qu'une seule foi, on ne reçoit qu'un seul Baptême: « un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père de tous » (Ep 4,5). La catéchèse est donc, dans l'Eglise, le service qui introduit les catéchumènes et les catéchisés dans l'unité de la profession de foi. 353Cf. CEC 172-175 où, en s'inspirant de St Irénée de Lyon, on analyse toute la richesse contenue dans la réalité d'une seule foi. De par sa nature même, elle renforce le lien de l'unité, 354CEC 815: « ...l'unité de l'Eglise pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion: la profession d'une seule foi reçue des apôtres; la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements; la succession apostolique par le sacrement de l'Ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu ». en faisant prendre conscience d'appartenir à une grande communauté que ni l'espace ni le temps ne sauraient limiter: « Du juste Abel jusqu'au dernier élu, jusqu'aux extrémités de la terre, jusqu'à la fin des temps ». 355EN 61, qui reprend St Grégoire le Grand et la Didaché. Le caractère historique du mystère du salut

La profession de foi des disciples de Jésus-Christ naît d'une Eglise pélerine, envoyée en mission. Elle n'est pas encore la proclamation glorieuse de la fin du chemin, mais celle du « temps de l'Eglise ». 356CEC 1076. L'« économie du salut » a, par conséquent, un caractère historique puisqu'elle se réalise dans le temps: « elle a commencé dans le passé, elle s'est développée et elle a atteint son sommet dans le Christ, elle déploie sa puissance dans le présent, et elle attend son accomplissement dans l'avenir ». 357DGC (1971) 44. C'est pourquoi, l'Eglise, en transmettant aujourd'hui le message chrétien à partir de la vive conscience qu'elle en a, fait sans cesse « mémoire » des événements salvifiques du passé, et les raconte. Elle interprète à leur lumière les événements actuels de l'histoire humaine dans lesquels l'Esprit de Dieu renouvelle la face de la terre, et elle demeure dans l'attente croyante de la venue du Seigneur. Dans la catéchèse patristique, le récit (narratio) des merveilles réalisées par Dieu et l'attente (exspectatio) du retour du Christ accompagnaient toujours la présentation des mystères de la foi. 358Les Pères de l'Eglise, en fondant le contenu de la catéchèse dans le récit des événements du salut, souhaitaient enraciner le christianisme dans le temps, montrant qu'il était une histoire porteuse du salut et non une simple philosophie religieuse; ils souhaitaient également souligner que le Christ était le cœur de cette histoire.

Le caractère historique du message chrétien oblige la catéchèse à veiller aux aspects suivants: – Présenter l'histoire du salut par une catéchèse biblique qui fasse connaître les « œuvres et les paroles » par lesquelles Dieu s'est révélé à l'humanité: les grandes étapes de l'Ancien Testament par lesquelles il a préparé le chemin de l'Evangile; 359CEC 54-64. Ces textes du Catéchisme, qui sont une référence essentielle pour la catéchèse biblique, donnent les étapes les plus importantes de la Révélation, dans lesquelles l'Alliance est le thème clé. Cf. CEC 1081 et 1093. la vie de Jésus, Fils de Dieu, qui, par ses actes et son enseignement, a porté à son achèvement la Révélation; 360Cf. DV 4. et l'histoire de l'Eglise qui transmet la Révélation. Cette histoire, lue à partir de la foi, est également une partie fondamentale du contenu de la catéchèse. – En expliquant le Symbole de la foi et le contenu de la morale chrétienne par une catéchèse doctrinale, le message évangélique doit éclairer l'« aujourd'hui » de l'histoire du Salut. Ainsi, « non seulement le ministère de la parole reprend la révélation des merveilles de Dieu faites dans le temps..., mais, en même temps, à la lumière de cette révélation, il interprète la vie des hommes de notre époque, les réalités de ce monde et les signes des temps, car c'est en eux que s'accomplit le dessein de Dieu pour le salut des hommes ». 361DGC (1971) 11. – Situer les sacrements dans l'histoire du Salut par une catéchèse mystagogique qui « ...relit et revit tous ces grands événements de l'histoire du salut dans l'aujourd'hui' de la liturgie ». 362CEC 1095; cf. CEC 1075; 1116; 129-130 et 1093-1094. La référence à l'« aujourd'hui » de l'histoire du salut est essentielle dans cette catéchèse. On aide ainsi les catéchumènes et les catéchisés « ...à s'ouvrir à cette intelligence « spirituelle » de l'économie du salut... ». 363CEC 1095. Le CEC au no 1075 parle du caractère inductif de cette « catéchèse mystagogique », car « elle procède du visible à l'invisible, du signifiant au signifié, des « sacrements » aux « mystères ». – Aider à faire le passage du signe au mystère. Les « œuvres et les paroles » de la Révélation renvoient au « mystère qu'elles contiennent ». 364DV 2. La catéchèse conduira à découvrir, derrière l'humanité de Jésus, sa condition de Fils de Dieu; derrière l'histoire de l'Eglise, son mystère de « sacrement de salut »; derrière les « signes des temps », les traces de la présence et du dessein de Dieu. La catéchèse conduira ainsi à la connaissance typique de la foi « qui est une connaissance par l'intermédiaire de signes ». 365DGC (1971) 72; cf. CEC 39-43. L'inculturation du message évangélique 366Cf. partie IV, ch. 5.

La Parole de Dieu s'est faite homme, un homme concret, situé dans le temps et dans l'espace, enraciné dans une culture déterminée: « Le Christ..., par son incarnation, s'est lié aux conditions sociales et culturelles des hommes avec lesquels il a vécu ». 367AG 10; cf. AG 22a. C'est là l'« inculturation » originelle de la parole de Dieu et le modèle de référence pour toute l'œuvre d'évangélisation de l'Eglise, « appelée à porter la force de l'Evangile au cœur de la culture et des cultures ». 368CT 53; cf. EN 20. L'« inculturation » 369Le terme « inculturation » a été adopté par plusieurs documents du Magistère. Voir CT 53, RM 52-54. Le concept de « culture », soit dans un sens général, soit dans un sens » sociologique et ethnologique » a été expliqué dans GS 53; cf. également ChL 44a. de la foi, par laquelle sont assumées, dans un admirable échange, « toutes les richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage », 370AG 22a; cf. LG 13 et 17; GS 53-62; DGC (1971) 37. est un processus profond et global qui requiert beaucoup de temps. 371Cf. RM 52b parle d'un « temps long » requis par l'inculturation. Car il ne s'agit pas d'une adaptation superficielle qui, pour rendre plus attrayant le message chrétien, se contente de le recouvrir d'un vernis décoratif. Il s'agit au contraire de la pénétration de l'Evangile au plus profond des personnes et des peuples, pour les rejoindre « ...de façon vitale, en profondeur et jusque dans les racines » 372EN 20; cf. EN 63; RM 52. de leurs cultures. Dans cette œuvre d'inculturation, cependant, les communautés chrétiennes devront faire œuvre de discernement: il s'agit, d'une part, d'« assumer » 373LG 13 utilise l'expression « soutient et assume (fovet et assumit) ». les richesses culturelles compatibles avec la foi, et, d'autre part, d'aider à « guérir » 374LG 17 s'exprime ainsi: « guérir, élever et achever (sanare, elevare et consummare) ». et à « transformer » 375EN 19 affirme: « atteindre et comme bouleverser ». les critères, les modes de pensée ou les styles de vie en désaccord avec le Royaume de Dieu. Deux principes doivent guider ce discernement: « la compatibilité avec l'Evangile et la communion avec l'Eglise universelle ». 376RM 54a. Tout le Peuple de Dieu doit s'engager dans ce processus qui « ...doit s'effectuer graduellement, de façon qu'il soit vraiment l'expression de l'expérience chrétienne de la communauté... ». 377RM 54b.

Dans cette inculturation de la foi, diverses tâches se présentent concrètement à la catéchèse. Parmi elles: – Considérer la communauté ecclésiale comme principal facteur d'inculturation. La figure du catéchiste est une expression de cette tâche, et il en est un instrument efficace; en plus d'un sens religieux profond, il doit faire preuve d'une grande sensibilité sociale et être bien enraciné dans son milieu culturel. 378Cf. GCM 12. – Elaborer des catéchismes locaux qui répondent aux exigences des différentes cultures, 379Cf. CEC 24. en présentant l'Evangile en fonction des inspirations, des interrogations et des problèmes rencontrés dans ces cultures. – Réaliser une juste inculturation du catéchuménat et des institutions catéchétiques, en y insérant avec discernement le langage, les symboles et les valeurs de la culture dans laquelle vivent les catéchumènes et les catéchisés. – Présenter le message chrétien de sorte que ceux qui sont appelés à annoncer l'Evangile au milieu de cultures souvent païennes et parfois post-chrétiennes soient rendus capables de « rendre compte de l'espérance qui est en eux » (1 P 3,15). Une bonne apologétique, qui favorise le dialogue entre la foi et la culture, est aujourd'hui indispensable.

Notes

  1. 341. Cf. EN 30-35.
  2. 342. EN 30.
  3. 343. CA 57;cf. CEC 2444.
  4. 344. EN 30.
  5. 345. EN 32;cf. SRS 41 et RM 58.
  6. 346. EN 32.
  7. 347. EN 33;cf. LC: cette Instruction est un point de référence obligé pour la catéchèse.
  8. 348. LC 71.
  9. 349. CA 57;LC 68;cf. SRS 42;CEC 2443-2449.
  10. 350. LC 68.
  11. 351. SRS 41;cf. LC 77. De son côté, le Synode de 1971 a traité un thème d'importance fondamentale pour la catéchèse: « l'éducation à la justice« : cf. Documents du Synode des évêques, II: De Iustitia in mundo, III: l.c. 835-937.
  12. 352. RICA 75;cf. CEC 1253.
  13. 353. Cf. CEC 172-175 où, en s'inspirant de St Irénée de Lyon, on analyse toute la richesse contenue dans la réalité d'une seule foi.
  14. 354. CEC 815: « ...l'unité de l'Eglise pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion: la profession d'une seule foi reçue des apôtres;la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements;la succession apostolique par le sacrement de l'Ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu ».
  15. 355. EN 61, qui reprend St Grégoire le Grand et la Didaché.
  16. 356. CEC 1076.
  17. 357. DGC (1971) 44.
  18. 358. Les Pères de l'Eglise, en fondant le contenu de la catéchèse dans le récit des événements du salut, souhaitaient enraciner le christianisme dans le temps, montrant qu'il était une histoire porteuse du salut et non une simple philosophie religieuse;ils souhaitaient également souligner que le Christ était le cœur de cette histoire.
  19. 359. CEC 54-64. Ces textes du Catéchisme, qui sont une référence essentielle pour la catéchèse biblique, donnent les étapes les plus importantes de la Révélation, dans lesquelles l'Alliance est le thème clé.Cf. CEC 1081 et 1093.
  20. 360. Cf. DV 4.
  21. 361. DGC (1971) 11.
  22. 362. CEC 1095;cf. CEC 1075; 1116;129-130 et 1093-1094.
  23. 363. CEC 1095. Le CEC au no 1075 parle du caractère inductif de cette « catéchèse mystagogique », car « elle procède du visible à l'invisible, du signifiant au signifié, des « sacrements » aux « mystères ».
  24. 364. DV 2.
  25. 365. DGC (1971) 72;cf. CEC 39-43.
  26. 366. Cf. partie IV, ch. 5.
  27. 367. AG 10;cf. AG 22a.
  28. 368. CT 53;cf. EN 20.
  29. 369. Le terme « inculturation » a été adopté par plusieurs documents du Magistère. Voir CT 53, RM 52-54. Le concept de « culture », soit dans un sens général, soit dans un sens » sociologique et ethnologique » a été expliqué dans GS 53;cf. également ChL 44a.
  30. 370. AG 22a;cf. LG 13 et 17;GS 53-62;DGC (1971) 37.
  31. 371. Cf. RM 52b parle d'un « temps long » requis par l'inculturation.
  32. 372. EN 20;cf. EN 63;RM 52.
  33. 373. LG 13 utilise l'expression « soutient et assume (fovet et assumit) ».
  34. 374. LG 17 s'exprime ainsi: « guérir, élever et achever (sanare, elevare et consummare) ».
  35. 375. EN 19 affirme: « atteindre et comme bouleverser ».
  36. 376. RM 54a.
  37. 377. RM 54b.
  38. 378. Cf. GCM 12.
  39. 379. Cf. CEC 24.