Les disciples de Jésus sont immergés dans le monde comme un levain, mais comme à chaque époque, ils n'échappent pas à l'influence des situations humaines. C'est pourquoi il est nécessaire de s'interroger sur la situation actuelle de la foi des chrétiens. Le renouveau catéchétique réalisé dans l'Eglise lors des dernières décennies est en train de donner de nombreux fruits positifs.41Cf. CT 3; MPD 4. La catéchèse des enfants, des jeunes et des adultes, au cours de ces dernières années, a donné naissance à un type de chrétien vraiment conscient de sa foi et vivant en cohérence avec elle. Cette catéchèse a en effet favorisé chez ces chrétiens: – une nouvelle expérience vitale de Dieu comme Père miséricordieux; – une redécouverte plus profonde de Jésus-Christ, non seulement dans sa divinité mais aussi dans sa véritable humanité; – le sens d'être tous coresponsables de la mission de l'Eglise dans le monde; – la prise de conscience des exigences sociales de la foi.
Cependant, devant le panorama religieux actuel, un test s'impose aux fils de l'Eglise: « A quel point ne sont-ils pas eux-mêmes atteints par l'atmosphère de sécularisme et de relativisme éthique? »42TMA 36b; cf. GS 19c. Une première catégorie est représentée par « des multitudes de personnes qui ont reçu le baptême mais vivent en dehors de toute vie chrétienne ».43EN 52; cf. CT 19 et 42. Il s'agit d'une foule de chrétiens « non-pratiquants »,44EN 56. même si, au fond du cœur de beaucoup, le sentiment religieux n'a pas totalement disparu. Les réveiller à la foi est un véritable défi pour l'Eglise. Il y a aussi les « gens simples »45EN 52. qui expriment parfois des sentiments religieux très sincères et une « religiosité populaire »46EN 48; cf. CT 54; ChL 34b; DGC (1971) 6; Synode 1985, II, A, 4. très ancrée. Ils ont une certaine foi, « mais en connaissent mal les fondements ».47EN 52. Il y a encore ces nombreux chrétiens, très cultivés, mais qui n'ont reçu de formation religieuse que dans leur enfance, et qui éprouvent le besoin de remettre en place leur foi et de la faire mûrir sous une autre lumière.48Cf. EN 52; CT 44.
En outre, un certain nombre de baptisés cachent malheureusement leur identité chrétienne, soit en raison d'une mauvaise compréhension du dialogue interreligieux, soit parce qu'ils sont mal à l'aise pour témoigner de leur foi en Jésus-Christ dans la société contemporaine. Ces situations de la foi des chrétiens réclament de toute urgence de la part du semeur la mise en route d'une « nouvelle évangélisation »,49Cf. ChL 34b; RM 33d. surtout dans les Eglises d'ancienne tradition chrétienne, où le sécularisme a le plus pénétré. Dans cette situation nouvelle qui a besoin d'évangélisation, l'annonce missionnaire et la catéchèse, surtout pour les jeunes et les adultes, sont, de toute évidence, prioritaires. La vie interne de la communauté ecclésiale
Il est important d'examiner aussi la vie même de la communauté ecclésiale, sa qualité intime. En premier lieu, il faut voir comment le Concile Vatican II a été accueilli dans l'Eglise et quels en ont été les fruits. Les grands documents conciliaires ne sont pas restés lettre morte: on constate leurs effets. Les quatre Constitutions (Sacrosanctum Concilium, Lumen Gentium, Dei Verbum, et Gaudium et Spes) ont fécondé l'Eglise. En effet: – la vie liturgique est perçue davantage comme la source et le sommet de la vie ecclésiale. – Le peuple de Dieu a pris une conscience plus vive du « sacerdoce commun »50LG 10. qui trouve sa racine dans le baptême. En même temps, il redécouvre toujours plus la vocation universelle à la sainteté et un sens plus vif du service de la charité. – La communauté ecclésiale a acquis un sens plus vif de la Parole de Dieu. L'Ecriture Sainte, par exemple, est lue, goûtée et méditée d'une manière plus intense. – La mission de l'Eglise dans le monde est perçue d'une manière nouvelle. En effet, sur la base d'un renouveau intérieur, le Concile a montré aux catholiques l'exigence d'une évangélisation toujours liée à la promotion humaine; la nécessité du dialogue avec le monde et avec les diverses cultures et religions et l'urgence de rechercher l'unité des chrétiens.
Certes, des fautes et des difficultés ont marqué la réception du Concile,51Synode 1985, I, 3. il faut le reconnaître. Malgré l'ampleur et la profondeur de la doctrine ecclésiologique, le sens de l'appartenance à l'Eglise s'est affaibli; on assiste souvent à « une désaffection à l'égard de l'Eglise ».52Ibid. On la regarde parfois unilatéralement comme une pure institution, privée de son mystère. Des positions partiales et opposées ont été prises parfois dans l'interprétation et dans l'application du renouveau demandé à l'Eglise par le Concile Vatican II. De telles idéologies et attitudes ont conduit à des éclatements, compromettant le témoignage de communion indispensable pour l'évangélisation. L'action évangélisatrice de l'Eglise, et en elle la catéchèse, doit chercher plus fermement à consolider la cohésion ecclésiale. Dans ce but, il est urgent de promouvoir et d'approfondir une authentique ecclésiologie de communion53Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre Communionis Notio (28 mai 1992), n. 1: AAS 85 (1993), p. 838; TMA 36e. et d'engendrer chez les chrétiens une spiritualité ecclésiale profonde. La situation de la catéchèse: vitalité et problèmes
Nombreux sont les aspects positifs de la catéchèse qui, ces dernières années, montrent sa vitalité. Certains méritent d'être mis en évidence: – Le grand nombre de prêtres, de religieux et de laïcs qui se consacrent avec enthousiasme et persévérance à la catéchèse. C'est l'une des activités ecclésiales les plus mises en relief. – Il faut souligner aussi le caractère missionnaire de la catéchèse actuelle et sa tendance à garantir l'adhésion à la foi des catéchumènes et des catéchisés, dans un monde où le sens religieux s'obscurcit. Dans cette dynamique, on perçoit clairement que la catéchèse doit acquérir le caractère de la formation intégrale, et ne pas se réduire à un simple enseignement: elle devra, en effet, travailler à susciter une véritable conversion.54Cf. CT 19b. – D'où l'importance extraordinaire du développement de la catéchèse des adultes55Cf. CT 43. dans le projet catéchétique de très nombreuses Eglises particulières. Cette option semble être devenue prioritaire dans les plans pastoraux de nombreux diocèses. Elle occupe une place centrale également dans certains mouvements et groupes ecclésiaux. – Favorisée sans doute par les orientations récentes du Magistère, la pensée catéchétique a gagné, de nos jours, en densité et en profondeur. De nombreuses Eglises particulières disposent déjà d'orientations pastorales adaptées.
Toutefois, il est nécessaire d'examiner attentivement certains problèmes pour essayer de leur trouver des solutions: – Le premier a trait à la conception de la catéchèse comme école de foi, comme apprentissage et entraînement à toute la vie chrétienne, conception qui n'est pas pleinement entrée dans la conscience des catéchistes. – En ce qui concerne l'orientation de fond, le concept de « Révélation » imprègne généralement l'activité catéchétique; cependant le concept conciliaire de « Tradition » en tant que réel élément d'inspiration a une influence moins grande. De fait, dans beaucoup de catéchismes, la référence à l'Ecriture Sainte est quasi exclusive, et pas suffisamment accompagnée de la réflexion et de la vie bimillénaire de l'Eglise.56Cf. CT 27b. La nature ecclésiale de la catéchèse apparaît, dans ce cas, moins claire. Le concours de la Sainte Ecriture, de la Tradition et du Magistère, « chacun à sa façon »,57DV 10c. ne féconde pas encore harmonieusement la transmission catéchétique de la foi. – Quant à l'objectif de la catéchèse, à savoir la promotion de la communion avec Jésus-Christ, la nécessité apparaît d'une présentation plus équilibrée de toute la vérité sur le mystère du Christ. L'accent est mis parfois uniquement sur son humanité, sans référence explicite à sa divinité; en d'autre cas, moins fréquents de nos jours, l'accent est mis exclusivement sur sa divinité, au point d'assombrir la réalité du mystère de l'Incarnation du Verbe.58CT 29b. – Quant au contenu de la catéchèse, divers problèmes demeurent, comme certaines lacunes doctrinales au sujet de la vérité sur Dieu et sur l'homme, sur le péché, la grâce et les fins dernières. Une formation morale plus solide est nécessaire; l'histoire de l'Eglise est présentée de manière inadéquate et sa doctrine sociale n'est pas assez mise en évidence. En certaines régions, on assiste à une prolifération de catéchismes et de textes dus à des initiatives particulières, aux tendances sélectives et aux accentuations si différentes qu'elles nuisent à l'indispensable convergence dans l'unité de la foi.59Cf. CT 30. – « La Catéchèse est intrinsèquement reliée à toute l'action liturgique et sacramentelle ».60CT 23. Souvent, pourtant, la pratique de la catéchèse n'a qu'un rapport faible ou décousu avec la liturgie. On constate peu d'attention aux signes et aux rites liturgiques et une pauvre mise en valeur des sources liturgiques. Des parcours catéchètiques sont peu ou pas du tout reliés à l'année liturgique et les célébrations n'y ont qu'une présence marginale. – En ce qui concerne la pédagogie, après l'insistance excessive de certains sur la valeur des méthodes et des techniques, on continue à ne pas porter l'attention qu'il faudrait aux exigences et à l'originalité de la pédagogie propre de la foi.61Cf. CT 58. On tombe facilement dans le dualisme « contenu-méthode », avec des réductions dans un sens comme dans l'autre. Quant à la dimension pédagogique, le discernement théologique nécessaire n'a pas toujours été opéré. – Enfin, en ce qui concerne la différence des cultures dans le service de la foi, le problème reste de savoir transmettre l'Evangile en tenant compte du contexte culturel des peuples auxquels il est annoncé, de sorte qu'il puisse être réellement perçu comme une grande nouvelle pour la vie des personnes et de la société.62Cf. EN 63. – La formation à l'apostolat et à la mission est l'une des tâches fondamentales de la catéchèse. Cependant, tandis que progresse dans l'activité catéchétique une nouvelle sensibilité concernant la formation des fidèles laïcs au témoignage chrétien, au dialogue interreligieux et à l'engagement séculier, l'éducation à la mission ad gentes apparaît encore faible et insuffisante. Souvent la catéchèse ordinaire réserve une attention marginale et épisodique aux missions.