Ainsi toute la suprématie revendiquée à tort par la prudence du monde est en réalité l'apanage de la sagesse spirituelle : étant donné surtout ? osons nous permettre cette hardiesse ? que notre foi même, que le mystère même de la Trinité ne peut subsister sans cette triple sagesse. Il nous faut croire, avec la naturelle, au Père qui nous a engendré un Rédempteur, avec la morale que le Fils a, en tant qu'homme, obéi à son Père jusqu'à la mort, nous rachetant ainsi, et avec la rationnelle que l'Esprit a déposé au coeur des hommes l'art d'honorer Dieu et de diriger leur vie. Et que nul ne pense que nous établissons une différence de puissance ou d'activité : le reproche pourrait aussi bien atteindre S. Paul. Car il n'a pas davantage établi de différence quand il a dit : «Il y a partage de grâces, mais un même Esprit ; il y a partage d'emplois, mais un même Seigneur ; il y a partage d'activités, mais c'est un même Dieu qui accomplit toutes choses en tous » (I Cor., XII, 4-6). Or le Fils accomplit toutes choses et en tous, car vous lisez ailleurs que « le Christ est tout en tous » (Col., III, 11). L'Esprit Saint Lui aussi les accomplit, car « tout s'accomplit par un seul et même Esprit, qui taille la part de chacun à son gré » (I Cor., XII, 11). Il n'y a donc aucune différence d'activité, aucune séparation, du moment que, soit dans le Père, soit dans le Fils, soit dans l'Esprit Saint, réside une plénitude de puissance qui ne le cède à nulle autre.