« Or je vous le dis en vérité : il en est d'ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. » Tout en élevant vers les récompenses réservées aux vertus et en enseignant qu'il est utile de mépriser les choses de la terre, le Seigneur soutient encore et toujours la faiblesse de l'esprit humain par un dédommagement dans le présent. Il est assurément ardu de porter la croix et d'exposer son âme aux dangers, son corps à la mort, de renoncer à ce que vous êtes, quand vous souhaiteriez être ce que vous n'êtes pas ; et il est rare qu'une vertu même éminente échange le présent pour le futur. Oui, il semble difficile aux hommes d'acheter un espoir par des périls, et d'acquérir au prix des biens présents le profit d'un temps à venir. Donc le Maître bon et humain pour que nul ne soit brisé par le désespoir ou la lassitude (car les aimables attraits de la vie amollissent même un coeur constant), promet à ses fidèles une vie qui se prolongera sans fin. En effet les consolations se glacent sous la crainte de la mort ; et un grand amour de la vie a peine à trouver dans les caresses de l'espérance une compensation à sa terreur pour le salut menacé. Ainsi vous n'avez pas sujet de vous plaindre, ni de vous excuser : le Maître de toutes choses a donné à la vertu sa récompense, à la faiblesse un remède ; il soutient la faiblesse par les biens présents, la vertu par les biens futurs. Si vous êtes courageux, méprisez la mort ; si vous êtes faible, fuyez-la. Mais nul ne peut fuir la mort, à moins de suivre la vie ; votre vie, c'est le Christ ; c'est la vie qui ne saurait mourir.