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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ce n'est pas le corps, mais l'âme, dont la grandeur est ici annoncée. Il existe au regard du Seigneur une grandeur de l'âme, une grandeur de la vertu ; il existe aussi une petitesse de l'âme et une enfance de la vertu. Pour l'âme comme pour le corps nous calculons les âges non pas à raison du temps, mais selon le degré de vertu : l'homme fait, dirons-nous, est celui qui est exempt des erreurs de l'enfance et n'éprouve plus l'inconstance de l'adolescence, son âme étant à maturité ; petit au contraire, celui qu'on n'a pas encore vu réaliser un progrès quelconque dans la vertu. D'où ce texte de Jérémie, quand le Seigneur prend pitié d'Éphraïm pleurant et déplorant ses péchés : « Dès ma jeunesse, dit-il, Éphraïm est mon fils très aimé, enfant dans ses jouissances » (Jér., XXXI, 20) : car s'il n'avait été enfant dans ses jouissances, il n'eût jamais péché. Et il a bien dit les deux choses : dans les jouissances, et enfant ; il y a l'enfant qui ne pèche pas : « Voici mon enfant que j'ai choisi » (Is., XLIII, 10). Ainsi c'est par les jouissances qu'a péché celui que le Seigneur avait formé ignorant de l'erreur. Si donc il n'avait pas été enfant dans les jouissances, et s'il avait progressé et pris de l'âge en vertu jusqu'à être homme fait, jamais il ne serait tombé ni n'aurait eu besoin d'implorer le pardon de ses fautes, ayant plutôt lieu d'espérer la récompense de ses mérites. C'est encore ce que le Seigneur semble exprimer dans l'Évangile, quand II dit : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits » (Matth., XVIII, 10) : mais réservons le surplus pour cet endroit l. Donc le petit s'oppose au grand ; et puisque, selon l'Apôtre, le petit est sous les éléments — « tant que nous étions enfants, nous étions sous les éléments de ce monde » (Gal., IV, 3) — le grand surpasse donc les éléments du monde.