« Comme nous l'ont transmis ceux qui, dès le principe, ont vu et servi la Parole. » L'homme parfait possède une double faculté, d'intention et d'exécution. De ces deux facultés, le saint évangéliste fait honneur aux Apôtres : non seulement, dit-il, ils ont vu la Parole, mais encore ils l'ont servie. L'intention se rapporte à la vision, à l'exécution le service ; mais le terme de l'intention est l'exécution, et le principe de l'exécution est l'intention. Et pour nous servir de l'exemple même des Apôtres, Pierre et André en étaient à l'intention lorsqu'entendant le Seigneur leur dire : « Je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Matth.,lV,19), sans aucun ajournement ils quittèrent leur barque, suivirent le Verbe. Mais l'exécution n'est pas simultanée à l'intention. De même il n'y a pas encore exécution, mais intention, lorsque Pierre dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je vous suivre dès maintenant ? Je donnerai ma vie pour vous » (Jn, XIII, 37) ; l'intention du martyre était bien là, mais pas encore l'exécution, bien qu'il y eût déjà réalisation par les jeûnes, les veilles, par le mépris des plaisirs des sens : car c'est là le christianisme en action. Il s'en faut, en effet, qu'en toutes choses l'intention et l'exécution soient simultanées : ce qui est l'exécution d'une chose n'est encore qu'intention par rapport à une autre. Ce même Pierre avait déjà posé avec constance et énergie bien des actes d'apôtre ; pourtant c'est plus tard, quand le Seigneur lui eut dit : « Toi, suis-moi » (Jn, XXI, 22), qu'il prit sa croix, suivit le Verbe, et connut la réalité du martyre. Mais supposons que, chez Pierre, André, Jean et chez les autres Apôtres, l'exécution ait été à la mesure de l'intention.