Prenons garde que personne n'ait l'oreille coupée. On lit la Passion du Seigneur : si nous rapportons à sa divinité son infirmité et souffrance corporelle, notre oreille est coupée, et coupée par Pierre, qui n'a pas souffert que le Christ passât pour un Prophète, mais nous a appris à le proclamer Fils de Dieu par un témoignage de foi (Matth., XVI, 14 ssq.). Lors donc que nous lisons l'arrestation de Jésus, gardons-nous d'écouter et de croire celui qui nous dira qu'il est arrêté en tant que Dieu, arrêté malgré lui, arrêté parce qu'impuissant. Il est arrêté, c'est vrai, et lié, au témoignage de Jean (XVIII, 12), dans la réalité de son corps ; mais malheur à ceux qui enchaînent le Verbe ! C'est l'enchaîner que voir dans le Christ uniquement un homme ; c'est l'enchaîner que ne pas croire à sa prescience, que ne pas reconnaître sa toute-puissance. Pauvres chaînes des Juifs ! Ils n'en lient pas le Christ, mais ils s'en attachent eux-mêmes. Or Il est enchaîné non pas dans la maison de quelque homme pieux et juste, mais dans la maison de Caïphe, c'est-à-dire une maison impie, où l'on prophétise aussi qu'il doit mourir pour tous (Matth., XXVI, 57 ; Jn, XVIII, 24). Combien donc insensés ceux qui reconnaissent les bienfaits et persécutent l'auteur des bienfaits !