Vous avez là son obéissance, vous voyez son désir ; « voici la servante du Seigneur » : c'est la disposition à servir ; « qu'il m'arrive selon votre parole » : c'est le désir conçu. Comme Marie a été prompte à croire, même à des conditions anormales ! Car y a-t-il plus dissemblable que l'Esprit Saint et un corps ? plus inouï qu'une vierge devenue féconde en dépit de la Loi, en dépit des usages, en dépit de cette pudeur qui est le plus cher souci d'une vierge ? Chez Zacharie, ce n'est pas une dissimilitude de conditions mais l'âge avancé qui l'a empêché de croire ; car les conditions étaient normales : d'un homme et d'une femme un enfantement est chose régulière, et rien ne doit sembler incroyable qui est conforme à la nature. L'âge dépendant de la nature et non la nature de l'âge, il arrive souvent que l'âge fasse obstacle à la nature ; mais il n'est pas contre la raison que la cause inférieure cède à la cause supérieure et que le privilège de la nature se montre plus fort que les habitudes d'un âge affaibli. Ajoutez à cela qu'Abraham et Sara avaient eu un fils dans leur vieillesse, et que Joseph est « fils de la vieillesse » (Gen., XXXVII, 3). Or, si Sara est reprise pour avoir ri, plus juste encore est la condamnation de celui qui n'a cru ni au message ni au précédent. Marie, au contraire, en disant : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? » ne semble pas avoir douté de l'événement, mais demandé comment il s'accomplirait ; il est clair qu'elle croyait à son accomplissement, puisqu'elle demandait comment il s'accomplirait. Aussi a-t-elle mérité d'entendre : « Bienheureuse êtes-vous d'avoir eu la foi ! » Oui, vraiment bienheureuse, car elle l'emporte sur le prêtre : le prêtre s'était dérobé, la Vierge a redressé l'erreur. Et il n'est pas surprenant que le Seigneur voulant racheter le monde ait commencé son œuvre par Marie : celle par qui se préparait le salut de tous serait ainsi la première à recueillir de son Fils le fruit du salut.