Ayant à parler de la naissance du Sauveur, il ne nous semble pas hors de propos de rechercher à quelle époque II est né. Quel rapport y a-t-il, en effet, entre cette déclaration d'ordre temporel et la naissance du Seigneur, à moins de remarquer ici encore un mystère divin : sous le couvert de cette déclaration temporelle, c'est une spirituelle qui s'accomplit et qui se doit faire au roi non de la terre, mais du ciel ; c'est la profession de la foi, le cens des âmes l. Avec l'abolition du cens antique de la Synagogue, un nouveau cens se préparait, celui de l'Église, qui, au lieu d'infliger des tortures, les abrogerait ; et, par une figure spirituelle, le peuple s'enrôlait déjà pour le Christ. Il ne s'agit pas ici d'évaluer l'étendue des terres, mais les esprits et les âmes, ni de délimiter les frontières, mais de les reporter plus loin. Aucune distinction d'âge, mais tous sont inscrits ; personne, en effet, n'est exempt de ce cens, car tout âge paie son tribut au Christ que les enfants vagissants confessent par leur martyre, à qui rend témoignage le tressaillement de ceux qui sont encore au sein. Ne redoutez, dans ce cens, rien de terrible, de dur, de fâcheux : c'est la foi seule qui signale chacun. Voulez-vous apprendre qui sont les collecteurs du Christ? Ils ont ordre de percevoir le cens sans bâtons (Matth., X, 10), de conquérir le peuple non par la terreur mais par la bienveillance, de rentrer le glaive (Matth., XXVI, 52), de ne pas posséder d'or : voilà quels censeurs ont conquis l'univers.