Maître de vertu, pouvait-II moins faire que remplir les devoirs de la piété filiale ? Et nous sommes étonnés de sa déférence envers son Père quand II se soumet à sa Mère ? Ce n'est certes pas la faiblesse, mais la piété qui fait cette dépendance, bien que, sortant de son antre tortueux, le serpent de l'erreur lève la tète et, de ses entrailles de vipère, vomisse le venin. Quand le Fils se dit envoyé, l'hérétique en appelle au Père plus grand pour déclarer imparfait ce fils qui peut avoir plus grand que Lui, pour affirmer qu'il a besoin d'un secours étranger, puisqu'il est envoyé. Est-ce également par besoin d'un secours humain qu'il obéissait aux ordres de sa Mère ? Il déférait à la créature humaine, II déférait à sa servante — car c'est elle qui le dit : « Voici la servante du Seigneur »— II déférait à son père putatif ; et sa déférence envers Dieu vous étonne ? Déférer à un homme serait donc piété, déférer à Dieu, faiblesse ? Qu'au moins l'humain vous fasse apprécier le divin et reconnaître quel amour est dû à un père. « Le Père honore le Fils » (Jn, VIII, 54) : vous ne voulez pas que le Fils honore le Père ? Le Père, parlant du Ciel, déclare se complaire en son Fils : vous ne voulez pas que le Fils, couvert du vêtement d'une chair humaine, exprimant dans le langage de l'homme un sentiment humain, déclare son Père plus grand que Lui ? Car si « le Seigneur est grand, et digne de toute louange, et sa grandeur est sans bornes » (Ps. 144, 3), il est certain qu'une grandeur qui n'a pas de bornes ne peut recevoir d'accroissement. Mais pourquoi ne pas entendre et ne pas admettre avec religion l'obéissance du Fils au Père dans le corps qu'il a pris, quand j'admets avec religion l'hommage du Père au Fils ?