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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

Ce façonnement par Dieu de ces ouvrages me pousse à entendre ici je ne sais quelle chose en plus de ce que je lis. L'Apôtre vient en aide à mon embarras, et ce dont je ne comprenais pas, moi, le sens « c'est l'os de mes os et la chair de ma chair, et celle-ci sera appelée femme parce qu'elle a été prise de son homme » (Ib., II, 23), il me l'a révélé dans l'Esprit Saint en disant : « C'est là un grand mystère. » Quel mystère ? « C'est qu'à deux ils ne seront qu'une chair, et que l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme », et " parce que nous sommes membres de son corps, faits de sa chair et de ses os » (Éphés., V, 30-32). Qui est cet homme pour qui la femme doit quitter ses parents ? L'Église a quitté ses parents, elle a rassemblé des peuples de la gentilité, à qui il est dit prophétiquement : « Oublie ton peuple et la demeure de ton père » (Ps. 44,11). Pour quel homme ? Ne serait-ce pas pour Celui dont Jean a dit : « Après moi vient un homme qui a passé devant moi » ( Jn, l, 30) ? de son côté, comme II dormait, Dieu a pris une côte ; car c'est lui « qui a dormi, qui s'est reposé et qui s'est relevé parce que le Seigneur l'a recueilli » (Ps. 3, 6). Quelle est sa côte sinon sa puissance ? Car c'est au moment même où le soldat ouvrit son côté que soudain sortit l'eau et le sang qui fut répandu pour la vie du monde ( Jn, XIX, 34). Cette vie du monde est la côte du Christ, c'est la côte du second Adam ; car « le premier Adam fut âme vivante, le dernier Adam esprit vivifiant » (I Cor., XV, 45) ; le dernier Adam, c'est le Christ, la côte du Christ, c'est la vie de l'Église. Nous sommes donc « membres de son corps, faits de sa chair et de ses os » (Éphés., V, 30). Et peut-être est-ce de cette côte qu'il a dit : « Je sens qu'une puissance est sortie de moi» (Lc, VIII, 46). C'est la côte qui est sortie du Christ et n'a pas amoindri son corps ; car c'est une côte non corporelle, mais spirituelle ; or l'esprit ne se partage pas mais « partage à chacun comme il veut » (I Cor., XII, 11). Voilà Eve, mère de tous les vivants. Car si vous comprenez : « Vous cherchez Celui qui vit avec les morts » (Lc, XXIV, 5), vous comprenez qui sont les morts : sans le Christ, n'ayant point part à la vie, car c'est n'avoir point part au Christ, puisque le Christ est la vie. La mère des vivants, c'est donc l'Eglise que Dieu a construite ayant pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même, en qui tout l'édifice est appareillé et s'élève pour former un temple (Éphés., II, 20).