Il vient donc à Jean, — puisque vous êtes renseignés sur le reste — II vient au baptême de Jean. Mais le baptême de Jean comportait le repentir des fautes ; aussi Jean l'arrête-t-il, Lui disant : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi ? » (Matth., III, 14) ; pourquoi venir à moi, vous qui n'avez pas de péché ? Celui-là doit être baptisé qui est pécheur, mais Celui qui n'a pas commis de péché, pourquoi demanderait-II le bain de pénitence ? « Laisse pour le moment », dit-II — c'est-à-dire tandis que se construit, l'Église — « il nous sied d'accomplir toute justice » (Ib., 15). Qu'est la justice, sinon la miséricorde ? car « II a distribué, II a donné aux pauvres : sa justice demeure à jamais » (Ps. 111, 9). Il m'a donné à moi pauvre, II m'a donné à moi indigent la grâce que je n'avais pas auparavant : sa justice demeure donc à jamais. Qu'est-ce que la justice, sinon d'entreprendre le premier ce que vous voulez que fasse autrui et d'encourager les autres par votre exemple ? qu'est-ce que la justice, sinon qu'ayant pris chair, loin d'écarter comme étant Dieu la sensibilité ou les servitudes de la chair, II triomphât de la chair comme homme pour m'enseigner à en triompher ? car II m'a enseigné de quelle manière je pourrais donner à cette chair, souillée et encrassée par les vices de la terre auxquels elle est sujette, la sépulture quant aux crimes, le renouveau des vertus.