Sur ce point vous pouvez déjà vérifier ce que nous avons dit : bien que Matthieu ait énuméré d'autres ascendants de la lignée du Seigneur que ceux insérés par Luc dans sa série généalogique, l'un et l'autre pourtant ont rattaché à Abraham et David le reste des ancêtres. Que si Matthieu a cru devoir déduire par Salomon la généalogie, Luc par Nathan, c'est, semble-t-il, que l'un montre la lignée royale, l'autre, la lignée sacerdotale du Christ1. Et nous ne devons pas l'entendre en ce sens que l'un dise plus vrai que l'autre, mais que l'un et l'autre s'accordent dans une égale probité et vérité. Car II fut vraiment, dans sa chair même, de race royale et sacerdotale, roi par les rois, prêtre par les prêtres. Il est vrai que la prophétie porte non sur le charnel mais sur le divin, puisque « le Roi se réjouit dans la puissance de Dieu » (Ps. 20, 2), Lui à qui le Roi son Père remet le jugement (Jn, V, 22) et qu'il est prêtre pour l'éternité, selon qu'il est écrit : « Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech » (Ps. 109, 4). L'un et l'autre est donc demeuré dans le vrai : Matthieu en établissant l'origine qui vient par les rois, Luc en déduisant une descendance qui, par les prêtres, aboutit de Dieu au Christ, ce qui donne un caractère plus saint à son origine même. Du même coup se justifie, ici encore, son emblème du jeune taureau, puisqu'en toute occasion il croit devoir s'en tenir au mystère du sacerdoce.