Encore une remarque : S. Matthieu mentionne Jacob, qui fut père de Joseph, comme fils de Matthan ; mais Luc écrit que Joseph, qui avait pour épouse Marie, était fils d'Heli, et Heli fils de Melchi. Comment un même homme a-t-il deux pères, c'est-à-dire Heli et Jacob ? comment aussi deux aïeuls paternels, Matthan et Melchi ? Mais, si vous cherchez davantage, vous trouverez que, suivant une prescription de la Loi ancienne, deux frères ont engendré divers enfants du sein d'une même épouse (Deut., XXV, 5). On rapporte en effet que Matthan, qui descendait de la race de Salomon, engendra un fils, Jacob, et mourut laissant une épouse que plus tard Melchi prit pour femme et dont fut engendré Heli. A son tour Heli, son frère étant mort sans enfants, épousa la femme de son frère et engendra un fils, Joseph, qui légalement est appelé fils de Jacob, le frère ayant suscité une postérité à son frère défunt, conformément au texte de la Loi ancienne. Ainsi fut-il appelé fils de tous deux, non que l'un et l'autre l'aient engendré, mais parce qu'il se trouva fils de l'un par la naissance, de l'autre légalement. Cette prescription de la Loi nous promettait pour plus tard la perpétuité de la descendance des morts — c'est ce que n'a pas compris le peuple des Juifs, mais, prenant le texte à la lettre, il en a gâté toute la valeur — car il y avait un autre frère qui devait ressusciter 2 la descendance de ses frères défunts : frère non par la parenté de la chair mais par la pureté de la grâce. Peut-être est-ce pour cela que « le frère ne rachète pas ; un homme rachètera » (Ps. 48, 8), parce que ce n'est pas un frère par le sang, mais le Seigneur et « médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme » (I Tim., II, 5), qui a répandu le bienfait de la résurrection. Encore existe-t-il de ce verset une autre interprétation, dont nous parlerons en son lieu.