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Traité sur l'Évangile de Luc

EXLU · Ambroise de Milan · 389 · FR · 1068 paragraphes · Psaumes : Vulgate · livres-mystiques.com ↗

D'abord, si vous appliquez votre esprit aux réalités, cette femme ne fut pas tellement infâme, mais plutôt juste ; elle n'a pas tant cherché à assouvir une passion d'un moment qu'elle n'a désiré le bien d'une postérité : car c'était un opprobre de n'avoir pas d'enfants, chose que les lois civiles elles-mêmes ont sanctionné de leur autorité. Juda l'avait promise à son fils et il avait différé la conclusion de noces depuis longtemps convenues ; à force de retarder la chose promise, l'époux mourut. La fleur de la virginité, celle de la viduité ne fleurissaient pas encore avant la venue du Christ ; désolée d'être demeurée sans enfants, le désir d'être mère la fit mentir et triompher habilement de Juda, en se présentant à lui toute parée lorsqu'elle eut appris la mort de son épouse. Vous voyez qu'en tout la vie de cette femme soutient l'épreuve : elle ne s'est pas emparée d'un lit étranger, elle a pris la parure d'une courtisane sans être courtisane, car elle ne cherchait pas à capter n'importe quelle passion ; mais, longtemps abusée par les promesses de son beau-père, elle a voulu, rendant ruse pour ruse, recueillir dans la famille qu'elle avait choisie le fruit d'une postérité. Qui donc fut plus chaste ? Celle qui avait si longtemps attendu la chose promise, ou celui qui ne put résister à l'offre d'un amour ? celle qui n'a pas renoncé à la famille de son époux, ou celui qui croyait rencontrer une courtisane ? celle qui n'a pas prêté une fibre de son corps au commerce de ceux qui la désiraient, ou celui qui, commençant par l'égarement de la passion, aboutit par la chasteté de cette femme au bien d'une postérité ? celle qui n'avait pas d'enfants et craignait que le temps de concevoir ne se passât à force de retarder l'union, celle qui a préféré le sérieux d'un homme mûr, ou celui qui s'est épris de l'âge adolescent ? Aussi bien lui-même l'a reconnu, en disant : « Thamar est plus juste que moi, parce que je ne l'ai pas donnée à mon fils Selom. » C'est pourquoi elle voulut faire l'expérience de celui même qui lui imposait la chasteté. Enfin elle ne connut aucun homme par la suite et prit les vêtements de veuve à partir de cette rencontre ; lui, sans attendre une heure, alors qu'il avait imposé à cette enfant des années de chasteté, dit adieu à son deuil, changea de vêtements, se coupa la chevelure, quitta le bûcher, s'étendit sur la couche comme un amaut.