Ayant donc reconnu que Thamar a été inscrite dans la généalogie du Seigneur à raison d'un mystère, nous devons sans nul doute attribuer à un semblable motif que Ruth n'ait pas été omise, elle à qui semble avoir pensé l'Apôtre saint, quand il prévoyait en esprit que la vocation des peuples étrangers s'exercerait par l'Evangile : « La Loi, dit-il, n'est pas faite pour les justes, mais pour les injustes » (I Tim., I, 9). Comment en effet Ruth, qui était étrangère, a-t-elle épousé un Juif ? et pour quelle raison l'évangéliste a-t-il cru devoir mentionner, dans la généalogie du Christ, cette union que la teneur de la Loi interdisait (Deut., VII, 3)? Le Seigneur ne descendrait donc pas d'un enfantement légitime ? C'est, semble-t-il, un déshonneur : à moins d'en revenir à cette sentence de l'Apôtre, que « la Loi n'est pas faite pour les justes, mais pour les injustes ». Car celle-ci était étrangère et Moabite, et surtout la loi de Moïse prohibait de telles unions et excluait les Moabites de l'Église — car il est écrit : « Les Moabites n'auront pas entrée dans l'Église du Seigneur jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, et à jamais » (Deut., XXIII, 3) — comment donc est-elle entrée dans l'Église, sinon parce qu'étant sainte et sans tache en sa conduite, elle a été mise au-dessus de la Loi ? Si en effet la Loi est faite pour les impies et les pécheurs, il est certain que Ruth, qui a échappé aux limitations de la Loi, qui est entrée dans l'Église et devenue Israélite, qui a mérité de compter parmi les ancêtres de la race du Seigneur, choisie à raison d'une affinité d'âme, non du corps, nous est un grand exemple : car en elle c'est notre entrée dans l'Église du Seigneur, à nous tous recueillis parmi les nations, qui a été préfigurée. Imitons-la donc ; et puisque ses mœurs lui ont mérité le privilège d'être admise en cette société, comme l'histoire nous l'enseigne, nous aussi, grâce à l'excellence de nos mœurs, soyons accueillis dans l'Église du Christ en considération de nos mérites.